Petit bonjour

Le colonel Kadhafi a un mauvais coup de sang. Un très mauvais. Notre ami fait un discours de circonstance sur le trentenaire de sa révolution. Tout est normal. Un discours fleuve – un grand fleuve artificiel – et imagé qui contient tout le bestiaire symbolique de ce grand pourfendeur de moulins à vent et d’éoliennes associés. Vraiment, tout va bien. Tout à coup, la tension artérielle monte. Le débit s’affole. Le verbe tremble. Il vacille dans la bouche. L’air le comprime et l’éjecte en lui faisant perdre sa formulation. Le sens est bousculé à l’intérieur des mots qui, eux-mêmes, malgré des prétentions sémantiques sérieuses, ont du mal à faire des phrases. Le bout à bout qui est le principe même de l’élocution adopte un ordre aléatoire. Le contenu est sens dessus dessous, un galimatias. La syntaxe qui est en général plus construite car elle est tenue par des règles – notamment de bienséance, et ce ne sont pas les plus drastiques – montre des signes de faiblesse. Un baragouin. Le sujet énervé perd le sens de la réalité. Kadhafi, alors, qualifie le peuple mauritanien de peuple de « bédouins, pauvre et fatigué». Pourquoi mon colonel ? Une qualité, un état et une conjoncture – ils peuvent, souvent, s’expliquer l’un par l’autre parce qu’ils sont, ordinairement, réductibles l’un à l’autre – deviennent dans les propos de notre colonel préféré une arme de destruction massive d’amour-propre. C’est inutilement blessant et dérisoirement agressif. Les Mauritaniens valent mieux que cela. Et le colonel Vall aussi.

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