Petit bonjour

Un flot formidable de paroles s’est, tout à coup, libéré. Il se déverse. Il se répand. Une vague gigantesque. Des mots de toutes les couleurs, de toutes les textures, de tous les matériaux. On savait la culture orale prégnante chez nous, mais pas à ce point. Une vraie catharsis. Sur toutes les fréquences des nouvelles radios privées, les Marocains se soulagent, parlent, énoncent, formulent, reformulent, expliquent, atténuent… Ils disent ce qu’ils pensent et, souvent, avec des mots justes. Avec un langage — celui du cœur, toujours — qui est un mélange étrange entre la darija, la langue de l’échec scolaire, le français sommaire, l’arabe de la télé, celui des feuilletons inachevés, et les expressions ridicules des faux débats télévisés. Ils font des confidences. Ils parlent d’amour, de sexualité, d’immigration, de chômage, de mariage, de santé… Ils bavardent. Ils parlent de tout, ils s’expriment surtout avec une aisance stupéfiante et, parfois, avec un culot étonnant. Un peuple qui se coule si facilement dans la liberté d’expression — souvent confisquée par des professionnels, sans talent et sans idées, de la prise de parole — est, assurément, un peuple intelligent. N’est-ce pas ?

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