Petit bonjour

Les Marocains, en mangeant le tagine, commencent toujours par les légumes, en sauçant leur pain, et laissent la viande vers la fin. Les Espagnols, s’ils se convertissaient à notre gastronomie, feraient certainement le contraire. La viande  d’abord, et les légumes ensuite. Cette analogie culinaire n’est pas le fruit du hasard ou le fantasme d’un jeûneur impénitent. Elle veut introduire, avec une saveur particulière, la discussion sur la réforme constitutionnelle. Au cours de la transition politique vers la démocratie, les Espagnols ont commencé, d’abord, par réformer la Constitution; nous, on laisse cela pour la fin. L’objectif est le même : donner à la nouvelle  séquence démocratique qui s’ouvre les moyens juridiques de sa réussite. C’est, juste, entre les deux rives du détroit, la méthodologie qui change. Chez nous, sans être dans le secret des dieux, il est fort probable que la fenêtre de lancement de cette réforme importante se situera entre 2007 et 2012. Avant 2007 les choses n’étaient, manifestement, pas mûres, mais au-delà de 2012, la réforme ne rimerait plus à rien — en tout cas elle arriverait trop tard. Le discours du Trône de cette année en invitant directement  à une clarification des rôles, des pouvoirs et des périmètres sur le plan institutionnel lance d’une manière formelle ce débat. C’est cette réforme, à côté des autres, bien sûr, qui constitue le vrai chantier du règne. La seule capable, réellement, de «consolider la normalité démocratique» et de donner, enfin, une cohérence à notre discours enthousiaste sur la modernité.

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