Petit bonjour

Il y a un nouveau métier au Maroc : «appeleur» au débat. Qu’est-ce que tu fais ? — J’appelle au débat. Et ça rapporte ? — Oui pas mal, mais ça dépend des saisons. Cette nouvelle profession a créé son propre marché. Il a fallu commencer par dire, sous tous les tons, qu’il n’y a pas, ou plus, de débat au Maroc. Un mensonge. Ensuite, ils nous ont demandé, opportunément, de faire appel à eux. C’est carré comme stratégie. Et ça marche. Il n’y a pas une semaine qui passe sans qu’ils n’appellent à un débat quelconque. Sur tout. Sur rien. Et sur n’importe quoi. Le truc est simple. Ils s’arrangent pour dénoncer une rareté qui n’existe pas, et ensuite ils te font une offre de service. Car sur le fond, cela fait au moins 15 ans que le Maroc débat sur tout. Il est, peut-être, pour cette période, le pays arabe et musulman le plus bavard, le plus ouvert, le plus prolixe, et le plus tranchant. Il y a même, si l’on creuse un peu, beaucoup de bla-bla — un peu trop — et assez peu d’action. Alors de quoi se plaignent ces «appeleurs»  professionnels au débat. Ils veulent simplement nous dire, du haut de leur science infuse, et enfin guéris de leur surdité, que le débat va naître avec eux. La science politique, la vie partisane, les idées, l’organisation sociale, la vision, l’intelligence, le verbe, le rasage gratis un lundi sur deux, la poudre de perlimpinpin, l’esbroufe, l’imposture… aussi. Vous allez voir, ils vont tout nous créer, tout nous inventer, y compris l’eau tiède et le fil à couper le beurre. Mais le vrai problème avec ces gens-là, c’est que dès que s’amorce un vrai débat, ce sont les premiers à hurler au loup pour mieux le tuer dans l’œuf.

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