Petit bonjour

Entendez-vous, au loin, la nuit, au fond des bois, les hurlements du capitaine Adib ? Comme un hibou esseulé pris de court par la noirceur étonnante de la nuit. Dans une jungle hostile, les dangers guettent tout volatile usé par l’attente qui se laisse aller à une somnolence mortelle. Les cris stridents du capitaine déchirent la nuit et font vibrer l’air d’un sifflement métallique, sonnant et trébuchant. Que sont mes amis devenus ? Diable, où en est ma fortune ? Que sont-ce ces bienfaiteurs qui oublient leurs engagements ? Où sont les cavaliers intrépides du journalisme exotique, la plume au clair et la sébile tendue (Fi Sabil Illah). Ils l’ont tous abandonné. Le capitaine Adib, avec sa belle tenue d’apparat, celle qu’il utilisait naguère pour donner des interviews d’éclat ? Etait-il dans son rôle? Qui l’a mis en garde contre les risques inconsidérés qu’il prenait ? On apprend aujourd’hui que la motivation était matérielle. Comme la preuve, de même nature, en droit pénal, elle est la plus solide. Il n’y a que l’aveu – s’il est obtenu avec amour – qui peut la dépasser en force et en consistance. Il se trouve que le capitaine nous donne les deux. Les aveux et la preuve. Et les noms des comparses. Un vizir aveuglé par la haine qui renie en permanence sa parole. Un Prince avare qui ne s’acquitte jamais que de la moitié de ses promesses alors qu’il est très prometteur. Une amicale néo-coloniale de la plume exotique les doigts trempés dans le pot de forfaiture. La belle équipe ! Le capitaine Adib devait savoir que la trahison n’a pas de service après-vente. Elle ne génère pas non plus de droits. Elle ne donne pas lieu à des primes de service. Elle n’offre pas de promotions. Comme elle se réalise dans l’instantanéité, c’est sur le moment que sa valeur se détermine. Ni avant, ni après. L’histoire universelle de la trahison nous apprend que sa valeur est toujours nulle.

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