Petit Bonjour

La justice marocaine aurait tort — sans aucune autre forme de procès — de s’aligner sur les thèses des enquêteurs dans l’affaire Belliraj. L’instruction devait donner à cette affaire sa vraie dimension, sa réelle amplitude et, surtout, tracer avec précision le périmètre de mouvement des protagonistes. Cette affaire est mal fagotée depuis le début. C’est une évidence. Si la justice marocaine trie le bon grain politique de l’ivraie terroriste, cela serait une avancée considérable. Dès le début, cette affaire, non jugée, a produit des décisions lourdes de conséquences juridiques et politiques. Un parti dissous. Et six hommes politiques détenus. C’est plus qu’une démarche préventive. C’est une sentence par anticipation. Les pays comme le nôtre qui s’initient laborieusement à l’Etat de droit, devraient, en la matière, avoir des exigences précautionneuses et tatillonnes. La pression terroriste ou sécuritaire n’est pas en soi une justification. Sinon, l’état d’exception deviendrait la règle. Ce qui n’est pas le moindre des paradoxes. A quel souci de vérité et de justice obéit, aujourd’hui, la détention des six hommes politiques ? Quel type d’amalgame les maintient-il à un même niveau de responsabilité que le principal accusé ? Et, finalement, une justice sereine n’a-t-elle pas les moyens de se satisfaire des garanties de représentation qui existent sans forcément maintenir dans la détention les six politiques ? La fébrilité qui a entouré ce dossier depuis le commencement et l’approche maximaliste qui a marqué toutes les étapes de son évolution chaotique gênent, manifestement, la justice. Elle devrait suivre son cours normal dans le respect de ses propres procédures, du droit de la défense et, surtout, de la présomption d’innocence.

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