Petit bonjour

Il est quand même étonnant que le fric-frac constitutionnel en Algérie n’ait pas suscité beaucoup d’indignations chez les professionnels de l’émotion politique organisée. Un silence pesant où la gêne sert de liant. Le droit-de-l’hommisme triomphant et la bien-pensance irrésistible s’effacent, soumis, face à une mascarade éhontée. Que dit l’Europe ? Que dit le Parlement européen ? Que dit Genève?  Que dit le Palais Bourbon ? Le Quai d’Orsay ? L’Elysée? Il est difficile de mettre en avant le respect de la souveraineté du peuple algérien dans cette affaire alors que c’est cette même souveraineté qui a été violée. Le président Abdelaziz Bouteflika, au crépuscule de sa vie politique, s’offre un troisième mandat — inutile et contre-productif — en extorquant une modification du texte fondamental à une classe politique rompue et consentante. Ce tripatouillage ne réglera rien. Les problèmes des Algériens demeureront tant que la vraie souveraineté n’est pas restaurée. La question de la démocratie, le pluralisme politique et culturel, les identités régionales, le rôle des militaires dans la vie publique, la construction d’une classe politique indépendante, l’ouverture économique et politique du régime, le statut de la justice, le poids de la rente, la mise en coupe réglée de l’économie, etc. L’on voit bien que ces chantiers sur lesquels l’Algérie a accusé un retard considérable par rapport à ses voisins ne sont pas encore véritablement ouverts. Ce n’est pas la combine constitutionnelle qui va les ouvrir. Ils s’ouvriront, un jour, sans aucun doute. Espérons que cela ne se fera pas, encore une fois, dans la violence et dans le sang.

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