Powell, Baker et les autres

Powell, Baker et les autres

Colin Powell, en visitant le Maroc, apparaît porteur de deux messages. La promotion de la démocratie et des droits de l’Homme et la mobilisation contre le terrorisme. Cette démarche est intéressante à plus d’un titre et notre pays, sur ces deux points, peut présenter un bilan régional plus qu’honnête. Le Maroc, depuis quelques années, de l’avis des observateurs les plus irascibles, n’a pas à rougir, même si le chemin est long et sinueux, de ses acquis, que ce soit dans le progrès de la promotion des droits humains, dans l’affirmation de la liberté d’expression, ou dans la transition démocratique. Ces faits sont indéniables. Sur le plan de la culture sécuritaire et de la mobilisation contre le terrorisme, il y a lieu de constater après les attentats criminels, qui ont frappé Casablanca le 16 mai, que la société marocaine est plus soucieuse et exigeante par rapport à ce qui peut concourir à sa quiétude et à la défense de ses valeurs. Une politique nationale de sécurité ne peut être efficiente que si la société est totalement et véritablement mobilisée pour la défense de ce qui fonde son projet de vie en commun. Les démocraties les plus avancées n’ont jamais sacrifié leurs intérêts stratégiques et sécuritaires au nom d’un État de droit « idéalisé » qui capitule devant le terrorisme. Sans citer Guantanamo – un cas extrême –, il est possible pour les démocraties de se défendre avec vigueur contre tous les extrémismes. Cette problématique est plus aiguë pour des pays comme le nôtre – et c’est cela le véritable enjeu – car il s’agit de consolider une démocratie naissante et d’installer par le droit, aux yeux des citoyens, une culture sécuritaire au service même des valeurs de cette démocratie. Cela semble effectivement mal aisé à faire admettre pour deux raisons essentielles. La première, c’est que les séquelles du passé et les vieux réflexes ne permettent pas encore d’une manière généralisée de comprendre que les appareils de l’État, dans ce domaine, sont au service de la société et non contre elle. Deuxièmement, à la faveur de la transition démocratique et de la célébration parfois puérile d’une liberté et d’une parole retrouvées, il est plus commode et plus racoleur de verser dans un discours nihiliste qui vend une démocratie utopique qui passe par « pertes et profits » les institutions du pays les plus fondamentales. Or, pour revenir aux deux messages supposés de Colin Powell, il y a lieu de remarquer que la pierre angulaire de tout cela est sans conteste la stabilité politique et institutionnelle. Une notion incontournable. Par conséquent, tout ce qui peut concourir à la déstabilisation de notre pays est un facteur négatif. Que ce soit pour le développement de la démocratie et des droits de l’Homme ou pour la lutte contre le terrorisme. Pour illustrer ce fait, un seul exemple suffit. Celui du Sahara marocain. Alger a fait de ce problème factice un facteur de déstabilisation de la région, un frein à son intégration économique et un foyer de tension en soutenant un groupe terroriste à sa solde qui emprisonne sur le territoire algérien des milliers de Marocains. Le voyage de Colin Powell, chez nous, devrait lui permettre de saisir cette donnée régionale et d’en tirer les leçons pour l’avenir immédiat. Ce n’est pas en donnant carte blanche, aujourd’hui, à un monsieur comme James Baker, que l’Amérique pourra utilement protéger ses arrières, notamment au Maghreb.

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