Première épreuve pour Driss Jettou

Première épreuve pour Driss Jettou

Le Premier ministre nommé par SM le Roi, Driss Jettou, est confronté à la première épreuve de sa mission. Comment impliquer d’une manière crédible les partis politiques sérieux dans la constitution d’une majorité cohérente alors que sa nomination elle-même est l’expression du rejet et de l’invalidation de la classe politique marocaine dans sa globalité ?
Cette situation paradoxale, si l’on exclut la course pathétique aux portefeuilles ministériels de certaines formations politiques à l’opportunisme et à la duplicité affirmés, risque d’emblée de mettre à l’épreuve et d’user rapidement la qualité primordiale que tous les observateurs reconnaissent à Driss Jettou, celle d’être un homme consensuel. Dans les jours qui viennent, il sera fatalement amené à faire des choix qui ne seront pas, justement, consensuels. Il va bien falloir trouver une majorité et une opposition. Or, les critères objectifs d’éligibilité à la majorité ou à l’opposition, aujourd’hui, ne sont plus évidents car le Premier ministre nommé, nonobstant la confiance royale, ne peut se réclamer d’aucune légitimité politique ou démocratique susceptible de forger des clivages féconds et politiquement utiles au sein du Parlement.
Excepté l’USFP, pour l’instant, et dans une certaine mesure le RNI, tous les partis politiques, avec un zèle particulier pour le MP et l’Istiqlal, se bousculent aux portillons majoritaires dans une course effrénée, et honteuse, aux maroquins. Le PJD, lui aussi, est, étonnamment, dans le même élan. Que reste-t-il donc pour constituer une véritable opposition? Il restera, probablement, ceux qui refuseront de travailler dans une logique « extra-démocratique » avec Driss Jettou et les autres, c’est-à-dire ceux – tout le monde et personne – qui n’ont pas été retenus, pour des raisons, uniquement, arithmétiques et non fondamentalement programmatiques, politiques ou idéologiques, dans le tour de table consensuel du Premier ministre nommé.
Dans l’ignorance de la feuille de route précise ou du cahier des charges détaillé de Driss Jettou pour la constitution du gouvernement, le profil consensuel du Premier ministre renforce toutes les hypothèses, de la plus logique et la plus claire, celle d’un gouvernement de technocrates purs, de la plus probable, celle d’une technocratie partisane plus ou moins factice, à la plus inutile, celle d’une sorte de cabinet d’union nationale partielle. Voilà pour les généralités.
Mais si l’on veut être précis, on pourra avancer que si la mission de Driss Jettou est de faire entrer l’USFP au gouvernement, si ce parti l’accepte, il ne pourra pas le faire siéger avec le PJD. Mais si, par ailleurs, le Premier ministre a, aussi, pour objectif majeur de faire entrer au cabinet le PJD sous prétexte de faire découvrir, à cette formation islamiste, la réalité complexe – et néanmoins laïque – du pays, il est clair qu’il devra se passer de la contribution de l’USFP.
Dans l’un ou l’autre des cas de figure, le PJD, 42 députés, ou l’USFP, 50 députés, rejoindra l’opposition. Ce qui est sûr, par contre, dans ces mêmes deux cas de figure, c’est que l’Istiqlal, 48 députés, qui avait pour ambition exclusive soit de placer Abbas El Fassi à la Primature, soit d’empêcher, coûte que coûte, que celle-ci ne revienne à un Usfpéiste, est plus que disposé à entrer au gouvernement. Soit avec le PJD, ils partagent les mêmes valeurs disent-ils, soit avec l’USFP pour l’avoir, bien, pratiqué dans la coalition sortante.
Il nous reste, donc, le RNI, 41 députés et 30 ministrables recensés à l’heure qu’il est. Ahmed Osman se sent engagé par l’accord post-électoral qui le lie à l’USFP. Malgré la pression soutenue de ses ministrables qui lui reprochent cette alliance « hâtive » qui obère, selon eux, leur avenir personnel, le patron du RNI est plutôt enclin, tablant sur un futur politiquement plus cohérent, à adopter la même posture « démocratique » que son allié de l’USFP.
Quant au MP et au MNP, 27 et 18 députés, ils feront exactement ce que leur dira de faire Driss Jettou. Dans la conjoncture actuelle et après la nomination du Premier ministre, qu’ils ont précipitée à la suite de leur double « flirt » post-électoral opportuniste avec l’USFP et l’Istiqlal, ils n’ont plus de valeur stratégique ou politique. Ils valent désormais ce que valent les chiffres dans une arithmétique parlementaire banale. Godillots ou chair à canon, c’est selon.
L’on voit mieux, à présent, que la mission de Driss Jettou n’est pas de tout repos, contrairement à ce que laisse croire un peu facilement l’accueil triomphal qui a été réservé à sa nomination. Les épreuves commencent et les plus laudateurs avec lui, aujourd’hui, ne seront pas forcément, demain, les plus solidaires. Plus dure, certainement, sera la suite.

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