Putsch à la rédaction

Bonne fête les filles. Et au passage, joyeux anniversaire Monsieur Youssoufi. Il se trouve que la journée internationale de la femme coïncide avec le jour d’anniversaire de notre Premier ministre. Est-ce pour autant qu’il en fait une cause qui lui tient à coeur ? Accordons lui cela, en cette journée bénie du 8 mars. Ne serait-ce qu’à travers l’inventaire des attitudes personnelles qu’il a eues à ce sujet depuis que le processus de l’alternance l’a fait atterrir à la primature. Sur le plan de la pratique, toute sympathie naturelle à l’égard de notre Premier ministre mise à part, force est de constater que le changement, encore une fois, n’a mûri que dans les discours.
Les chantiers dits progressistes n’ont pas connu de suite logique. Aucun d’entre eux n’a pu dépasser le cap des slogans, scandés habituellement par les politiques lors des campagnes électorales. Une année passe, la suit une autre et tous les 8 mars se ressemblent. Celui-là a de grandes chances de ne pas différer des autres.
Les femmes sont toujours là à réclamer des droits, à demander qu’une égalité des chances soit établie, à se plaindre de violences domestiques, de la féminisation, de la pauvreté, des conditions de travail ou encore de la traite de la gent féminine. On dira encore que les femmes se plaignent toujours et que ce n’est pas une nouveauté. Alors sacrifions à cette bonne vieille habitude et plaignons-nous encore une fois. Un 8 mars, ce n’est pas chaque jour. Justement.
Parlons-en de ce fameux 8 mars, jour béni parmi 365 d’une année normale et – pour les pointilleux- parmi les 366 de celle bissextile, où parler de la condition de la femme devient une obligation. Douce consolation. Des hommes, tous les hommes, qui s’erigent, le temps d’une journée, en chantres de la «promotion» de la femme. Non pas qu’ils ne l’évoquent pas les autres jours de l’année. Mais vous conviendrez, sans trop de détails, qu’il y a discours et discours au sujet de la femme. Nous disions donc à quoi sert ce 8 mars ? A donner bonne conscience ? A faire de louables mea culpa ? A s’armer de nouvelles résolutions, de quoi tenir jusqu’au prochain anniversaire ? Sans doute à tout cela à la fois.
Dans la rédaction de votre quotidien, où les descendantes d’Eve sont, comme ailleurs, minoritaires, ce 8 mars nous aura permis de faire la loi. Exercice excitant et illustration de ce doux lôt des hommes. J’ai sans doute été la plus grande bénéficaire. J’ai hérité naturellement avec plaisir et détermination de la rédaction de cette chronique pour la bonne cause. Mes collègues, descendantes d’Eve, dont Imane Azmi qui a pris les fonctions de rédacteur en chef, ont quant à elles commandé des papiers, dressé le chemin de fer, et titillé les «mecs» sur le calibrage. Ce 8 mars, faute de mieux sur le terrain, nous nous en souviendrons. Jusqu’au jour béni où tout ira pour le mieux et que l’on nous enverra balader, quand nous revendiquerons des droits dont nous jouissons déjà. Ce jour là, le 8 mars ne voudras plus rien dire. Car les 365 – 366 pour les pointilleux- jours de l’année seront des 8 mars.

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