Qui n’a jamais été SAP un jour ?

Qui n’a jamais été SAP un jour ?

Déposer une liste SAP aux prochaines élections législatives devient finalement plus difficile que de créer un parti politique. C’est drôle comme situation. En l’absence d’une loi sur les partis politiques que personne ne veut, le gouvernement s’est déchaîné sur les SAP. Plus des deux-tiers des 32 partis existants actuellement ne peuvent satisfaire aux conditions posées aux SAP pour déposer une liste locale ou nationale. Réunir 500 signatures sur son nom pour avoir droit de cité, il y a même des secrétaires généraux de partis illustres actuellement en activité – une expression qui rappelle les volcans – qui ne peuvent passer cet exercice avec succès. Ces patrons sont tellement contestés et minés par les dissidences et les scissions en tout genre que, en période électorale, ils ne peuvent même pas compter sur leur propre garde rapprochée.
Quant aux conditions régionales et territoriales imposées aux SAP pour déposer une liste nationale, elles sont proprement herculéennes.
Si ce filtre était appliqué a posteriori et avec vigueur aux nouveaux fleurons de la vie partisane, seul un ou deux au mieux pourront sauver leur frêle peau. C’est évident. La belle unanimité de façade qui est en train de voir le jour est un peu hypocrite. Qui n’a pas été SAP un jour? Ni Ahmed Osman, ni Abdellah Kadiri, ni Mohamed Abied ne me démentiront. Pas plus qu’ Abderrahim Lahjouji ou Abbès El Fassi, avant qu’il ne rejoigne l’Istiqlal, même très jeune. Mais le plus ébouriffant, c’est la position des jeunes patrons des nouveaux partis. Dans un état d’hystérie collective, pour la plupart, ils cassent du SAP sans retenue. Ils savent certainement de quoi ils parlent parce qu’ils savent d’où ils viennent. Il y a à peine 3 mois, ils étaient tous des SAP entre le moment où ils ont quitté, souvent avec fracas, leur parti d’origine, lui-même ex-indépendant ou SAP, et l’obtention du récépissé magique du ministère de l’Intérieur.
Alors, pitié pour les SAP. Que le ministère de l’Intérieur se déchaîne ainsi sur cette catégorie de citoyens aux droits revitalisés par le Conseil constitutionnel ne nous informe que sur l’état de frustration professionnelle de ses valeureux cadres. Frustrés par l’absence d’une législation partisane sérieuse, traumatisés par l’afflux diarrhéique de candidats-zaïms de tout acabit et consternés par l’indigence politique de ces idéologues en carton-pâte, ils se sont rattrapés, pour solde de tout compte, sur les SAP. Je vois d’ici leur satisfaction, leur bonheur incommensurable et leur rires sous cape d’avoir joué ce petit tour à des prétendants seuls, sans alliances et livrés à eux-mêmes, au scrutin universel et à un corps électoral vigoureux et financièrement exigeant. C’est cruel.
Un SAP est un être humain seul qui veut faire de la politique sans croire forcément que l’instinct grégaire partisan puisse lui donner une valeur ajoutée. C’est un homme honnête qui ne veut rien devoir à personne. Il ne veut ni porter la valise de son chef, ni opiner du bonnet d’une manière imbécile quand le chef dit une connerie monumentale, ni être le premier à téléphoner à ce chef pour lui souhaiter une bonne fête quand une occasion civile ou religieuse vient à se présenter, ni manger huit fois par semaine à la table du chef et faire semblant à chaque fois d’être émerveillé par le talent culinaire de Madame, alors qu’il sait que c’est la bonne, elle-même cousine du secrétaire d’une section locale à Taourit, qui a fait la tambouille. Non, le SAP dit non à tout ça. Il peut le faire tout seul. Sinon, à quoi sert la démocratie si elle ne permet pas de monter une combine tout seul et tout ramasser sans faire semblant de partager avec les autres. J’invite tous ceux qui partagent avec moi ce point de vue à se réunir, à se rassembler, à se fédérer et à créer autour de moi un parti dont je porterai haut le flambeau contre tous ceux qui nous dénigrent. Ensemble, compte tenu des conditions scélérates qui nous sont imposées, on aura plus vite un récépissé que chacun d’entre nous de son côté. Comblons ce vide dont la nature a horreur. Comme on n’a rien à dire, nous sommes bien placés pour l’emporter.

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