Traité de clanologie makhzénienne

Il paraît que le patronat marocain vit sous l’emprise de clans antagoniques et rivaux qui se disputent les faveurs du Makhzen économique. Cette avancée, ou cette trouée théorique lumineuse, nous a été livrée par un magazine de la place, qui a réussi avec zéro information à monter un joli coup médiatique.
Le landerneau a été chagriné, voire ému par son propre émoi et, surtout, par l’audace des commanditaires du dossier. Quand on ne fait pas la différence entre le lard et le cochon, en bon musulman, il vaut mieux s’abstenir. Ou prendre les choses du bon côté, c’est-à-dire avec humour.
Résumé de la situation : Fouad Ali El Himma est à couteaux tirés avec Mohamed Mounir El Majidi pour le contrôle de l’économie marocaine et, accessoirement, plaire à leur patron, c’est-à-dire le chef de l’Etat. Bien. Fouad aurait ses hommes c’est-à-dire Mustapha Amhal, Aziz Akhannouch, Youssef Alaoui et d’autres fringants entrepreneurs qui ont surtout un point commun avec les 49,99% des patrons marocains encartés dans la CGEM d’avoir voté contre Hassan Chami lors des dernières élections syndicales. Parfait.
De l’autre côté, avec El Majidi, un autre clan donc. Dans celui-ci, il y aurait Bassim Jaï El Hokaïmi, qui soutiendrait, contre le clan El Himma, le pauvre Hassan Chami, qui bénéficie toujours de la bienveillance certaine, mais discrète, de Driss Jettou, qui est, comme chacun sait, un clan à lui tout seul. Le Premier ministre est un membre actif de la CGEM, prêté gracieusement pour quelques saisons à la Primature pour peaufiner la mise à niveau de l’économie nationale et fignoler la transition démocratique. Tout cela est clair et fort limpide.
Et maintenant, où est la République dans tout cela ? J’y arrive. Hassan Chami aurait un jeune candidat à sa succession, dans le cas où les choses tourneraient mal. Il s’appelle Karim Tazi. Celui-ci fait, la journée, dans la literie et le soir dans l’action sociale en compagnie de Abdallah Zaâzaâ, qui est un associatif républicain notoire coopté par la CGEM au titre du troisième collège parce qu’on ne sait jamais de quoi l’avenir sera fait.
Mais, pour ouvrir la voie à Karim Tazi, donner du change à Jettou, désenclaver Hassan Chami, renforcer l’ascendant du bureau patronal sur une minorité devenue majoritaire, entretenir la république, et, finalement, tordre le coup aux velléités d’émancipation des jeunes patrons marocains, il fallait bien créer des clans et makhzéniser le débat. C’est-à-dire créer pour les quidams que nous sommes une mayonnaise «moderniste et démocratique» dans laquelle il y aurait en vrac du Fouad Ali El Himma, du Mounir El Majidi, du Bassim Jaï El Hokaïmi, du Aziz Akhannouch, du Mustapha Amhal et bien d’autres qui nous excuseront, faute de temps d’antenne, de ne pas pouvoir les citer tous.
Mais ce que nous ignorions et que l’on sait, maintenant, c’est que ce coup de Jarnac, assez habile, a été monté de toutes pièces par un des tontons flingueurs de la CGEM, dont l’esprit rusé, matois et, parfois assez retors, sert d’idéologie, sans faire de jeunisme primaire, à la gérontocratie patronale marocaine. C’est connu, chez nous, les membres du bureau de la CGEM ne produisent économiquement aucune valeur ajoutée substantielle. Ils siphonnent les subventions, arrangent des mariages d’initiés, ils monnayent les consultations inspirées et ils fabriquent des embrouilles politiques et des rumeurs nationales. Ceux qui créent véritablement de la valeur sont dehors. C’est le clan le plus important du pays, c’est celui de ceux qui travaillent.
Pour finir, il faut, quand même, donner un coup de chapeau au metteur en musique médiatique de cette clanologie primitive. Les tontons fligueurs ont trouvé une perle rare : c’est Mouhcine Ayouche, le directeur délégué de la Confédération. Un ex-Ilal Amam, membre fondateur de l’OADP, créateur brillant du GSU et cheville ouvrière de la CGEM à la disposition de laquelle il met tout son savoir-faire. Faire peur au Makhzen avec le républicain, c’est lui. Claniser ou makhzénizer la CGEM, c’est lui. Mais tout cela est fort connu depuis longtemps. Nous avons tout le ramadan pour en parler encore…

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