Trop dommage

Ils étaient tous là, des jeunes pour un Ftour de solidarité représentant près de 20 associations. Les belles âmes, aussi. Des artistes, des sportifs et des dignitaires sincères de la société civile. Le lieu : un club de cheminots à Aïn Sebaâ que la chaleur de la rencontre a passablement humanisé. Un gâteau, un bol, des dattes…peu importe, pourvu qu’il y ait de l’espoir à partager. Et c’était vraiment le cas. Depuis quelque temps le wali de Casablanca, M’hamed Driyef, veille personnellement pour que les activités sociales en direction des jeunes qui, au-delà de sa responsabilité, lui tiennent, particulièrement, à coeur donne une autre image des agents d’autorité de la ville. Ni ancien, ni nouveau concept de l’autorité. Juste une autorité qui fait son job, tout simplement, en étant proche des gens et de leurs besoins. Et, sur le terrain, cela est souvent fait avec une générosité remarquable. Dans la salle des cheminots, tout semble baigner dans l’huile. Une ambiance bon enfant. Les jeunes et leurs parrains et marraines sont contents. Il y a de la reconnaissance et de la valorisation dans l’air. Un changement perceptible qui facilitera certainement les choses pour l’avenir… L’équipe envoyée expressément par le wali est détendue comme peuvent l’être des professionnels qui sont sûrs, à juste titre, de leur fait. Ils ont pris place avec les jeunes naturellement pour que les discussions soient aussi fructueuses que le repas promettait à première vue d’être succulent. Les minutes s’égrenaient avec une paresse que seule la fin d’une journée de Ramadan peut favoriser. On attendait juste le coup de canon… Il arriva. C’était une bourrasque. Les gens se mettent à courir. L’ambiance s’électrifie. La fébrilité s’empare de tout le monde. L’air est bousculé. Mais que se passe-t-il ? Les visages se ferment. La gravité réapparaît. Les nuques se raidissent. Il faut vite libérer des places. Faire le vide. Virer les mal-assis. Dégager les protocolairement incorrects. Dégager deux tables de 20 places. Y installer un menu spécial. Le gouverneur et sa suite vont arriver d’une seconde à l’autre. Les gens du cabinet organisent la panique. L’amplifient. L’instrumentalisent. L’institutionnalisent. Et la répandent sur une assistance médusée, bousculée et un peu navrée qui ne savait plus si l’ancien concept avait rattrapé le nouveau ou si la mise à niveau n’avait pas encore atteint certains cabinards préfectoraux qui cultivent une «fitna» protocolaire, aussi nuisible que contre-productive, pour récupérer des miettes d’autorité. Quand M. Benjelloun, le gouverneur de Aïn Sebaâ-Hay Mohammadi, fait son entrée, sans qu’il le veuille vraiment ou sans qu’il le sache véritablement, son cabinet avait déjà largement plombé l’atmosphère. La messe était dite. Quand dans sa suite, les caïds avec leur tenue d’apparat impeccable de galons et de cordons font leur entrée, en compagnie des patrons des Forces auxiliaires, de la protection civile et de tous les représentants à uniforme du pouvoir local, la messe était redite. Ils ont occupé avec une aisance institutionnelle irréprochable et une connaissance intime des vrais ressorts de l’autorité les 20 places réservées pour manger, entre eux, sous les yeux blasés des jeunes invités. Le débat était clos. Les territoires bien marqués. Et la soirée foutue. Le dialogue de sourds pouvait de nouveau commencer. Ces responsables passaient à côté de la jeunesse de leurs quartiers malades et rataient encore une fois une occasion rare de renouer un dialogue, pourtant vital, avec une jeunesse blessée par la vie. C’est «trop» dommage comme disent, aujourd’hui les jeunes. Mais peut-être pas ceux dont on parle…À chacun ses tics verbaux.

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