Un an après…

Un an après…

Ce qui est clair avec le terrorisme salafiste c’est qu’il nous impose d’affirmer, d’assumer et de consolider notre choix de société, celui d’une société moderne, ouverte et démocratique. Il nous impose, souvent par la terreur, de choisir sans tergiverser, sans hésiter, sans faux-semblant ni faux-fuyant. Notre situation, vue sous cet angle, assez tranché, ne peut tolérer aucune ambiguïté, aucune compromission et aucun accommodement.
Depuis le sinistre 16 mai 2003 avons-nous fait tout ce qu’il fallait dans cette voie vitale pour l’avenir de notre pays ? Avons-nous consolidé notre projet de société ? Et avons-nous affirmé haut et fort les valeurs qui fondent notre marocanité ? Le moins que l’on puisse dire c’est que le bilan est malgré tout mitigé. Examinons-le, sereinement.
Le seul appareil qui ait réagi immédiatement aux attentats de Casablanca est, naturellement, celui des services nationaux de sécurité. Il ont agi avec force et détermination en relation directe avec l’instance judiciaire. Il est vrai que les services de sécurité avaient un an d’avance sur les événements criminels que nous avons connus. Ils ont été alertés 10 mois avant les faits sur les dangers du terrorisme salafiste. Leurs mises en garde avaient été accueillies, tout le monde s’en souvient, par les quolibets de la bien-pensance nihiliste, le scepticisme narquois des acteurs les plus repus de la société dite civile et la lâcheté habituelle d’une fraction assez large de la classe politique. La suite, on la connaît. Une guerre sans merci s’est ouverte contre les terroristes dans laquelle des résultats probants ont été enregistrés sans que, globalement, de l’avis d’observateurs sérieux, l’Etat de droit n’ait eu à en souffrir d’une manière systématique ou institutionnalisée. Cette lutte doit continuer car face à ce phénomène aucune victoire n’est durable. Cependant nous avons remarqué que le souci de la sécurité nationale est, désormais, plus partagé par les citoyens qui «relativisent» de plus en plus le discours anti-sécuritaire primaire dont certains ont fait un fonds de commerce médiatique et associatif rentable.
La réforme du champ religieux, quant à elle, a démarré après le 16 mai. Une reconquête du discours religieux et des lieux de cultes a été engagée. Tout cela s’est accompagné d’une réorganisation du ministère des Habbous et d’un reprofilage des instances régionales religieuses. En fait, une vaste dé-wahabisation du champ religieux a été lancée après des années de prospérité de cette idéologie insidieuse importée, durant lesquelles presque tout le pays a été contaminé. La décontamination est donc en marche, mais les résultas ne seront malheureusement pas immédiats, compte tenu de la gravité des dommages subis par notre pays.
Sur le plan politique, la seule riposte magistrale, constante et construite que nous avons eu à observer, nous est venue à travers les discours de S.M le Roi et par les initiatives que le chef de l’Etat a entreprises. Un rappel, ferme et sans concession, des vraies valeurs qui fondent notre religion, notre monarchie constitutionnelle et notre société a été donné avec pédagogie et détermination. Les discours de S.M Le Roi Mohammed VI ont reformulé solennellement les choix fondamentaux de notre pays sans laisser aucune place à une quelconque compromission avec les idéologies de la terreur et de la haine qui ont phagocyté notre religion et notre société. Le point d’orgue de ce vaste redéploiement politique, social et culturel est l’avènement du nouveau Code de la famille. Un code audacieux, égalitaire et respectueux du meilleur de notre tradition culturelle.
Par contre, au niveau de la politique politicienne, l’après 16 mai ressemble, à s’y méprendre, à l’avant. A part quelques rares exceptions, notamment celle remarquable de Mohamed Elyazghi, nos hommes politiques ont continué à ignorer l’impact de cet évènement traumatisant. Comme si la réalité de notre pays n’avait aucune prise sur eux, nos politiques, en partie responsables de la dégradation morale qui a créé les conditions objectives de l’apparition du terrorisme salafiste, ont continué à exercer leurs pratiques éculées. Aujourd’hui, ils sont tous au rendez-vous pour participer à la grande opération de blanchiment politique d’un parti comme le PJD alors que les garanties constitutionnelles données par celui-ci sont, au mieux, hypocrites et, au pire, tactiques. Alors que ce parti dont se réclame encore un certain nombre de prêcheurs de la haine n’a pas totalement rompu avec ses travers intégristes, les candidats aux alliances électorales se bousculent aux portillons. Il semblerait que la classe politique marocaine partage désormais ostensiblement les mêmes valeurs que le PJD et elle le fait savoir par les moyens les plus indignes. Un danger et une hérésie. Au lieu que la démocratie marocaine se construise sur la confrontation d’idées, elle se perd dans les méandres de la compromission et de la lâcheté intellectuelle.
Cette posture est le plus fertile terreau du terrorisme salafiste. Plus que la malvie, le chômage et l’exclusion urbaine. Un an après, nous en sommes encore là. Et c’est plus que dommage pour ce pays.

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