Une normalisation dans la douleur

Une normalisation dans la douleur

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika a marqué des points en interne et en externe ces dernières semaines. De sa présence remarquée au sommet de la francophonie à la visite triomphale et réussie de Jacques Chirac en Algérie, il a consolidé la légitimité de son pouvoir, en tant que président de la république, et a marqué une distance notable à l’égard des autres pouvoirs, notamment, celui, tout puissant, des militaires.
Tout ce qui concourt au renforcement et à l’autonomie de la Mouradia – la présidence – en Algérie, est susceptible de libérer des énergies constructives pour la solution des crises multiples qui étranglent ce pays.
L’important étant d’éloigner l’Armée du coeur du pouvoir afin de donner la possibilité nécessaire à la classe politique, à la société civile et aux forces vives du pays d’organiser, par la concertation et le dialogue – et pourquoi pas par la concorde –, une vie démocratique susceptible de donner à l’Algérie un avenir de paix et de prospérité.
Notre intérêt pour l’Algérie n’est, à l’évidence, jamais neutre. C’est compréhensible et légitime à plusieurs égards. C’est pour cela que nous considérons que la voie empruntée actuellement par Abdelaziz Bouteflika est positive dans sa globalité. La relance et la densification de la relation entre Paris et Alger – et au-delà avec Washington – ne peut qu’aider à la «normalisation» de ce pays et à une meilleure insertion de celui-ci, en tant qu’acteur important et incontournable, dans le sud méditerranéen et le Maghreb. Cette dynamique rendrait caduques de fait toutes les postures algériennes rigides qui ont freiné inutilement, depuis plusieurs années, l’intégration régionale.
Pour être plus explicite, il y a lieu de considérer que plus l’Algérie s’ouvre sur son environnement en s’insérant dans une dynamique collective régionale moins le dossier du Sahara marocain pourra être instrumentalisé à des fins de politique intérieure par les adversaires mêmes de cette ouverture qui voient en elle une perte irrémédiable de leur domination sans partage sur ce pays.
L’ouverture «normalisatrice» de ce pays peut être considérée par Abdelaziz Bouteflika comme un puissant levier pour transformer la donne interne et créer les conditions objectives de sa réélection sur la base d’un programme porteur d’une véritable redistribution du pouvoir dans le pays, notamment par sa restitution démocratique aux «civils». Cela ne pourra se faire , en Algérie, sans de graves convulsions. C’est pour cela que la visite réussie du président français Jacques Chirac peut être, au mieux, comprise et évaluée, dans cette conjoncture cruciale, comme une assurance politique pour le président algérien et au pire – qu’à Dieu ne plaise – comme une assurance-vie. Le regretté Boudiaf ayant été froidement éliminé pour moins que cela.

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