Dernier rempart de Seddiki contre le chômage

Dernier  rempart de Seddiki contre  le chômage

Nouveau souffle pour l’emploi au Maroc ou coquille vide manquant de réalisme et d’efficacité? La nouvelle stratégie pour l’emploi (SNE) sera dévoilée dans les jours qui viennent par le ministre de l’emploi et des affaires sociales, Abdesslam Seddiki. ALM a obtenu, de sources proches du dossier, les points clés du document qui déterminera le futur de l’emploi dans le Royaume. Détails.

Globalement, le ministère propose un plan sur quatre axes. D’abord la promotion de la création de l’emploi, ensuite la valorisation du capital humain, l’amélioration des programmes du marché du travail, et enfin le développement de la gouvernance du marché. Tout d’abord du côté des objectifs, cette stratégie table sur la création de 200.000 emplois annuellement. Le secteur des services aux personnes et aux entreprises devrait se tailler la part du lion des postes créés, avec près des trois quarts du total. Il sera suivi de l’agriculture, du BTP et de l’industrie.

Ce chiffre est le résultat d’un constat issu de l’évolution démographique du pays. Chaque année, 600.000 jeunes marocains arrivent à l’âge de travail. Parmi eux, 70.000 choisissent de poursuivre leurs études et 330.000 remplacent des personnes quittant le marché de travail, reste alors 210.000 jeunes qui doivent chaque année occuper des emplois nouveaux.

L’économie marocaine peut-elle créer annuellement ce nombre d’emplois ? Il faut dire que la création de 200.000 postes par an au Maroc paraît actuellement un objectif tout du moins ambitieux. Selon les chiffres du Haut-Commissariat au Plan (HCP), entre le premier trimestre de 2014 et le premier trimestre de 2015, un total de 27.000 emplois ont été créés, résultant de la création de 45.000 emplois et de la perte de 18.000 autres. 

«Avec le contexte que vit actuellement l’économie marocaine, cet objectif n’est pas réaliste», nous confie Mohamed Kafi Cherrat, secrétaire général de l’Union générale des travailleurs du Maroc (UGTM). «On ne peut pas espérer la création d’autant d’emplois sans que le taux de croissance ne dépasse les 6%», explique-t-il, ajoutant que ceci est d’autant plus vrai que le budget d’investissement du gouvernement a baissé.

Selon le ministre, ces emplois seront essentiellement créés par le secteur privé, à hauteur de près de 90% contre un dixième provenant du secteur public. Ceci implique une réorientation de la stratégie macroéconomique du Royaume. Dans ce sens, la SNE parle de cibler le développement des secteurs les plus concurrencés par l’étranger, d’assurer un encadrement plus efficace des Petites et moyennes entreprises (PME) et de garantir une meilleure gestion territoriale du marché du travail. L’objectif est naturellement de stimuler l’inclusion d’une main-d’œuvre qualifiée, particulièrement les femmes et les jeunes.

A la veille de la mise en place effective du projet de régionalisation, la SNE prend également en compte cette dimension en introduisant une entité régionale chargée de l’emploi. Les Comités régionaux de l’emploi (CRE) devraient être composés de représentants du ministère de l’emploi et des affaires sociales, des départements publics concernés et de personnes désignées par les partenaires sociaux du ministère. L’idée est de prendre en considération les spécificités de chaque région, et d’assurer un suivi de proximité des actions mises en place.  

«Pour que cette nouvelle stratégie soit efficace, il faut d’abord renforcer les mécanismes dont nous disposons déjà. Je pense, par exemple, à l’Observatoire national du marché du travail qui n’est pas encore opérationnel», commente Mohamed Kafi Cherrat. Si l’efficacité de la SNE restera à prouver, rappelons qu’il ne s’agit que d’une vision globale qui est encore à plusieurs étapes de son application.

CGEM et syndicats, cet équilibre fragile que doit maintenir le ministère

Réduction des charges fiscales des entreprises et consolidation de la protection sociale des salariés, deux mesures représentant l’effort déployé par le ministère pour que la Stratégie nationale pour l’emploi (SNE) préserve l’équilibre très fragile entre patrons et syndicats.  La Stratégie nationale pour l’emploi prévoit quelques ajustements au cadre réglementaire régissant la relation de travail et celle de l’intermédiation du marché de travail.

Il s’agit, selon le ministère, d’adapter la législation à l’objectif de développement de l’emploi. La SNE propose, entre autres, une révision du barème d’indemnités de licenciement aux côtés d’une panoplie de mesures visant à protéger les travailleurs en situation précaire et à garantir une meilleure insertion des femmes, en contrepartie d’un élargissement de l’IPE. La stratégie précise, néanmoins, qu’il ne s’agit pas d’alourdir les dépenses des entreprises.

Il est également proposé de consolider le Socle national de protection sociale (SPS) à travers, notamment, la couverture par le Ramed de tout le public cible, la réforme des régimes d’assurances sociales, la mise en place d’une meilleure prévention des accidents du travail, mais également le renforcement de la médecine scolaire et universitaire. Du côté des entreprises, la mesure principale semble la réduction, voire l’exonération des charges fiscales et sociales des entreprises opérant dans les secteurs hautement concurrencés par l’étranger.

 

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