Emploi : Le grand paradoxe du Québec

Emploi : Le grand paradoxe du Québec

Si le taux global du chômage  a reculé de 0,1 point pour se situer à 6,8%, aujourd’hui au Canada,  le taux de chômage au sein de la communauté maghrébine, à titre d’exemple, continue de dépasser les 15%.

Près de 1,3 million de postes d’emploi seront à pourvoir durant les huit prochaines années. Les domaines de la vente et des services sont les secteurs les plus porteurs. Le gouvernement québécois mise sur l’apport de l’immigration pour couvrir cette demande mais le taux de chômage continue à être élevé dans certaines communautés ethniques : plus de 15% contre un taux global de 6,8% actuellement.

Les besoins en main-d’œuvre au Québec sont grands. Selon les chiffres d’une étude récente réalisée par le ministère du travail, de l’emploi et de la solidarité sociale du gouvernement du Québec, le nombre de postes à pourvoir pour la période 2015-2024 est estimé à 1,37 million. «Le nombre total d’emplois au Québec devrait atteindre des sommets inégalés, soit plus de 4,22 millions en 2019 et 4,30 millions en 2024», indique la même source.
Cette évolution du marché de l’emploi aura bien un impact positif sur le taux de chômage qui devrait enregistrer une baisse régulière pour atteindre 6,5% en 2019, puis 5,6% en 2024, soit le taux le plus bas depuis 1968. Il ressort également de cette étude que la demande en main-d’œuvre se fera sentir davantage pour certaines professions, dans certains secteurs et dans certaines régions.

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«Le domaine de la vente et des services, avec ses 54.400 nouveaux emplois, fournira près du quart des 240.400 emplois supplémentaires prévus entre 2015 et 2024.
Les professions des sciences naturelles et appliquées, quant à elles, fourniront 53.700 emplois et celles des sciences sociales, de l’enseignement, de l’administration publique et de la religion, 50.000 emplois.

Le domaine des affaires, de la finance et de l’administration sera en deuxième place, avec 17,1% des emplois en 2024», est-il souligné dans le rapport. L’analyse par niveau de compétence montre qu’en 2024,  la majorité des emplois se concentre dans les métiers du niveau technique et du niveau intermédiaire.
En effet, ceux de niveau technique, dont la plupart demandent une formation technique collégiale ou une formation professionnelle du secondaire, occuperont le plus de main-d’œuvre en 2024 avec 34,3% de l’emploi total. Ils seront suivis par les emplois de niveau intermédiaire, pour lesquels un diplôme d’études secondaires et une courte formation en entreprise sont généralement suffisants, avec 26,9% de l’emploi total en 2024. Les emplois de niveau professionnel, pour lesquels une formation universitaire est normalement exigée, occuperont 19,3% de la main-d’œuvre, tandis que 7,6% de celle-ci occuperont des emplois de gestion en 2024. Pour répondre à ces besoins futurs, le gouvernement du Québec mise fortement sur l’apport de l’immigration. En effet, la décroissance de la population en âge de travailler nécessite de plus en plus un plus grand apport de travailleuses et travailleurs potentiels, notamment au moyen de l’immigration.

C’est dire le rôle réaffirmé de l’immigration et son apport à la société québécoise. Pour tirer profit du potentiel qu’elle offre encore faut-il que les conditions soient en place pour favoriser une participation réussie. C’est dans ce sens que la province canadienne s’est dotée d’une nouvelle politique d’immigration présentée en mars dernier. Aujourd’hui la loi n°77 qui la porte est au stade de la mise en œuvre. Rappelons que cette stratégie se décline notamment à travers un processus de sélection novateur en la matière. Il s’agit précisément de «cibler en continu les candidates et candidats qui possèdent le meilleur profil pour répondre aux besoins évolutifs en main-d’œuvre au Québec, sur une base régionalisée», est-il indiqué.
Dans ce contexte, la déclaration d’intérêt est l’élément clé de la démarche.

La mise en application de ce dispositif  est prévue dès 2017, est-il indiqué. «Une candidate ou un candidat qui souhaite immigrer à titre de travailleur qualifié devra déclarer son intérêt en présentant une demande en ligne qui sera versée pour une période définie dans une banque de candidatures. Les personnes répondant le mieux aux besoins du Québec seront invitées en priorité à présenter une demande formelle d’immigration. Au-delà de la période déterminée, une candidature non invitée sera retirée», explique le ministère de l’immigration au Québec.

Dans cette approche, le ministère de l’immigration québécois dit vouloir, à travers sa nouvelle politique, s’attaquer aux difficultés de reconnaissances des acquis et compétences que continuent à rencontrer les immigrants. Ils sont encore en effet nombreux de ces catégories socioprofessionnelles à n’avoir pas trouvé, après de nombreuses années au Québec, un emploi correspondant à leurs compétences. «3/4 des immigrants d’origine africaine sont soit au chômage ou travaillent dans les manufactures», déplorait un journaliste lors d’une conférence de presse la semaine dernière avec la ministre Kathleen Weil, ministre de l’immigration, de la diversité et de l’inclusion.
Et pourtant, outre les belles perspectives annoncées du marché du travail dans la province, l’offre actuelle est importante.

«En région, 75% des entreprises recensées disent avoir besoin de main-d’œuvre mais la problématique du chômage continue à marquer plusieurs communautés d’immigrants», souligne une représentante d’une ONG.  En effet, si le taux global du chômage  a reculé de 0,1 point pour se situer à 6,8%, aujourd’hui au Canada,  le taux de chômage au sein de la communauté maghrébine, à titre d’exemple, continue de dépasser les 15%. Législation complexe  en  termes  de reconnaissance  des  compétences  et  des  acquis,  face  aux  ordres professionnels ou dans des catégories de métiers plutôt protégées sont en partie la cause de cette situation. Les inégalités en matière d’accès à l’emploi entre Québécois et immigrants dans un marché du travail où des entreprises choisiront, à compétences égales, plus des profils québécois que des immigrants, sont aussi à l’origine du fort taux de chômage chez les immigrants. Le défi de dépasser les barrières réglementaires mises en place par les ordres professionnels et de rendre véritablement efficiente la nouvelle politique d’immigration reste encore à relever. Et ce même si l’élaboration de la nouvelle politique s’est réalisée dans une démarche concertée avec tous les acteurs concernés. Pour l’heure, nombreux observateurs restent sceptiques quant à sa réussite.

La mise en œuvre de la nouvelle stratégie permettra de voir jusqu’à quel point les nouvelles orientations bénéficient de l’adhésion de toutes les composantes de la société québécoise.

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