Emploi : Le plan de bataille

Emploi :  Le plan  de bataille

La stratégie de l’emploi pour les dix prochaines années est fin prête. Longtemps attendue, la nouvelle stratégie nationale de l’emploi (SNE) devrait être rendue publique dans quelques jours. ALM livre, en avant-première, quelques-unes des grandes lignes du document qui décidera du futur de l’emploi au Maroc.

Selon des sources proches du dossier, la stratégie se fixera un objectif de 200.000 nouveaux emplois par an. Un chiffre à même de contrecarrer l’accroissement de l’inactivité féminine ainsi que la hausse du nombre de chômeurs et du nombre de personnes sous-employées. Les trois-quarts de ces emplois devront être créés dans le secteur des services aux entreprises, aux personnes et à l’environnement. La nouvelle SNE prévoirait même, selon nos sources, une réorientation de la croissance vers des métiers nouveaux, basée sur la connaissance et la protection des écosystèmes naturels du pays.

Pour atteindre cet objectif, la stratégie propose quatre orientations, aussi ambitieuses les unes que les autres. Il s’agira, en premier lieu, de réorienter les politiques macroéconomiques et territoriales du pays pour qu’elles soient plus créatrices d’emplois. Les secteurs privilégiés, dans ce sens, seront ceux fortement concurrencés par l’étranger, ceux comprenant le plus grand nombre de petites et moyennes entreprises (PME), ainsi que celui des services. Pour cela, la stratégie prévoit la mise en place de plusieurs programmes spécifiques qui devront être complémentaires à ceux déjà engagés, notamment en ce qui concerne les PME.

Autre chantier monstre auquel la SNE prévoit de s’attaquer, celui de la gouvernance dans le marché du travail. Ainsi, la stratégie prévoit la création de deux nouveaux organes, le comité de suivi de la SNE et des comités régionaux de l’emploi. Ils seront chargés, aux côtés du comité interministériel de l’emploi, de préparer des programmes pluriannuels et annuels sur les différents segments du marché de l’emploi. C’est sur la base de ces programmes que seront décidés les financements affectés aux fonds régionaux pour les politiques de bassins d’emploi après leur intégration dans la loi de Finances.

Toujours sur le volet gouvernance, la stratégie prévoit également d’inscrire des ajustements dans le cadre réglementaire de la relation de travail à l’agenda du dialogue social entre les syndicats et le gouvernement. Les deux parties devront examiner une série de mesures visant à mieux protéger les travailleurs en situation précaire, faciliter l’accès des femmes en milieu du travail et encourager l’embauche des jeunes.

Troisième orientation stratégique pour l’emploi, la valorisation du patrimoine humain du pays à travers une attention particulière accordée au volet social de l’emploi. Globalement, il s’agira de faciliter l’accès des femmes à l’emploi, de mettre en place des dispositifs de formation pour les jeunes fraîchement déscolarisés, de renforcer la formation continue, de développer la formation par alternance et d’améliorer l’employabilité des chômeurs.

La stratégie prévoit, en outre, d’élargir la couverture du Ramed et de parer aux dysfonctionnements qui freinent sa mise en place, de réformer et d’étendre les régimes de prévoyance sociale et d’assurer une meilleure prévention des accidents du travail.  

Enfin, d’après la nouvelle SNE, les prérogatives de l’Anapec devront bientôt s’élargir. Les services d’orientation de chercheurs d’emploi devront couvrir l’ensemble des profils de demandeurs d’emploi (diplômés ou non), avec une attention particulière aux femmes et aux handicapés. Pour y arriver, l’Anapec sera amenée à tisser un réseau avec les acteurs publics et privés du marché du travail, la société civile et, plus largement, le grand public.

200.000 emplois par an, d’où vient ce chiffre ?

Selon les projections du ministère de l’emploi et des affaires sociales, le Maroc aura besoin d’environ 200.000 nouveaux postes d’emploi par an pour absorber le chômage, l’inactivité des femmes et le sous-emploi. D’où vient ce chiffre ? Explications. Ils sont environ 600.000 jeunes à arriver à l’âge de travail (15 ans) chaque année. Certains n’intégreront pas le marché du travail, tandis que d’autres remplaceront des personnes qui auront quitté leurs postes. Le reste aura besoin d’un emploi sur mesure.

En chiffres, parmi les 600.000 qui auront soufflé leur 15ème bougie, environ 70.000 continueront leurs études, augmentant par la même occasion la population scolarisée et allongeant la durée moyenne des études au Maroc. Une part importante, 330.000 personnes remplaceront des personnes quittant le marché du travail.

Ils seront partagés entre 150.000 qui remplaceront des personnes arrivées à l’âge de la retraite, 80.000 qui remplaceront des émigrants ou décideront eux-mêmes de quitter le pays et 100.000 qui remplaceront des femmes qui auront décidé de quitter leurs emplois pour devenir femmes au foyer. Quelques additions et une soustraction plus tard : 210.000 jeunes auront, chaque année, besoin de nouveaux postes d’emploi.
 

Genèse de la SNE

Mardi dernier s’étaient rassemblés autour de la même table les représentants des principaux départements ministériels, des centrales syndicales nationales et de la CGEM (Confédération générale des entreprises du Maroc), avec, entre leurs mains, une première version de la stratégie nationale de l’emploi (SNE). Présidée par le ministre de l’emploi et des affaires sociales, Abdeslam Seddiki, cette première réunion du comité de pilotage de la SNE a examiné le document proposant une nouvelle approche de la politique de l’emploi au Maroc. Selon des sources proches du dossier, la nouvelle stratégie a fait l’objet d’un fort consensus autour de ses principales orientations. Les partenaires sociaux auraient, notamment, exprimé leur volonté de participer activement à sa mise en place.

Dans la même logique de l’approche multidimensionnelle que propose la SNE, le processus de formulation dont elle a fait l’objet avait été conduit de manière participative, incluant l’ensemble des acteurs concernés. Un comité technique tripartite (ministères, syndicats et CGEM) avait été mis en place et chargé d’enrichir et de suivre l’élaboration de la nouvelle stratégie. La SNE, qui devrait être rendue publique dans quelques jours, propose une série de mesures à court et à moyen termes, avec un agenda de concertation s’étendant entre 2015 et 2025.

 

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