Etre syndiqué, pas simple au Maroc !

Etre syndiqué, pas simple au Maroc !

Le syndicat permet de démontrer aux dirigeants d’une institution ou de toute une profession que les règles du jeu ne sont pas forcément les mêmes du côté de la direction générale ou des salariés. Ceci dit, fédérer un groupe pour créer un syndicat n’est pas une mince affaire. Le plus téméraire aura vite fait de se résigner lorsqu’il aura fait le tour sans recueillir les noms des collègues pour la création du syndicat.
Car telle l’association, le syndicat retrouve son essence même dans les qualités intrinsèques de ceux qui le constituent. «Quand j’ai décidé de créer le syndicat de la société, j’ai pensé que l’exercice allait être très simple. Je me suis rendue chez l’inspecteur du travail qui m’a donné tous les éléments d’informations. Une fois la procédure claire dans ma tête, j’ai commencé à faire le tour des collègues pour recueillir leurs noms de telle sorte à constituer le bureau. Mais à ma grande surprise, toutes les personnes s’étaient rétractées me laissant seul avec mon bout de papier entre les mains».

Le témoignage anonyme de ce salarié ne revêt aucun caractère exceptionnel. Les salariés ont tout simplement peur des représailles d’une direction générale entendant bien faire régner sa loi : la sienne !
C’est bien le cas de ce banquier, Mohamed S. qui, durant toute sa carrière, a fait partie des plus actifs du syndicat. N’ayant guère froid aux yeux et irréprochable professionnellement, son discours est amer. «La notation de fin d’année sur laquelle est estimée la prime de fin d’année représente le bon moyen pour punir l’initiative syndicale. D’ailleurs, j’ai eu zéro !» Le commentaire est inutile. Les faits sont là.

Le syndiqué en est conscient et il s’agit souvent d’une personne à valeurs et principes mais qui risque au fil des ans d’être rattrapée par le jeu de séduction de l’entreprise. Le plus coriace déjouera la démarche habilement et sans état d’âme. Le plus opportuniste acceptera le deal faisant fi de la négociation à caractère général, c’est-à-dire celle bénéfique à tous les collaborateurs. Cette danse entre le syndicat et la direction générale est normale car le principe même d’un syndicat est basé sur la négociation. La cadence de la danse devra être prise par l’ensemble des personnes du bureau pour ne pas perdre la face devant le top management de la direction générale.

Et si en principe, le leader du syndicat agit avec la gestuelle, la colère et le verbe, histoire d’intimider la direction générale, il n’en demeure pas moins que les plus efficaces des syndicats sont respectés et entendus pour leur sagesse et leur cohérence. Plus, ce sont ceux là qui conduiront la direction générale à tenir compte des dispositions du Code du travail à chaque prise de décision car au final, il en va de la rentabilité de la société. Pour faire simple, la mauvaise ambiance de travail inhibe la croissance.

Les tensions sociales en représentent une facette non des moins importantes. Le syndicat vise à trouver le juste milieu pour qu’aucune des deux parties ne soit lésée. Partant de ce principe, le syndicat ne peut être que salutaire. Le professionnalisme et l’honnêteté intellectuelle conditionnant cependant le résultat de son impact sur la direction générale.

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