Enseignement supérieur : Un état des lieux et une feuille de route

Enseignement supérieur : Un état des lieux et une feuille de route

Les universités et les grandes écoles publiques et privées occupent une place de choix dans la vision stratégique

Les lauréats des facultés à accès non régulé enregistrent un taux de chômage dans des proportions sans aucune commune mesure avec les lauréats des établissements régulés (70 %) conduisant ainsi au déclassement et à la reproduction des inégalités sociales.

La réforme de l’éducation et de la formation est aujourd’hui au coeur des préoccupations publiques. C’est ainsi que le Maroc s’est doté d’une vision stratégique 2015-2030. Il s’est avéré que le système éducatif national souffre encore de dysfonctionnements chroniques relevés par le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique dans le rapport établi par l’Instance nationale d’évaluation à propos de «la mise en oeuvre de la Charte nationale d’éducation, de formation et de recherche scientifique 2000-2013 : les acquis, les déficits et les défis». L’enseignement supérieur ne déroge pas à la règle. Selon le Conseil, la multiplicité des composantes de l’enseignement supérieur enracine les inégalités d’accès à cet enseignement (établissements d’enseignement supérieur publics, établissements d’enseignement supérieur privés, établissements non universitaires, établissements universitaires dans le cadre de partenariat avec l’Etat, annexes d’institutions étrangères), l’enseignement supérieur se trouve rattrapé par la dualité de deux systèmes: le régulé et le non régulé. La même source a fait savoir que ces deux systèmes ne se présentent pas pour la communauté des étudiants et de la société comme des formations d’égale importance et valeur, mais plutôt avec une hiérarchisation où le premier reçoit les meilleurs étudiants (note élevée du baccalauréat et concours) et le second absorbe l’écrasante majorité des étudiants «moins performants».

C’est le système non régulé qui enregistre les taux les plus élevés de déperdition au sein des universités : 64% des étudiants quittent le système sans diplôme, 25,2% abandonnent la première année et 40,2% après deux années. Cette hiérarchisation duale conjuguée à une grande rigidité participent à un système verrouillé qui ne favorise pas les passerelles et le changement de parcours pour les étudiants. Les inégalités liées à la hiérarchisation des systèmes et des disciplines créent des inégalités entre les jeunes diplômés devant l’emploi. Les lauréats des facultés à accès non régulé enregistrent un taux de chômage dans des proportions sans aucune commune mesure avec les lauréats des établissements régulés (70 %) conduisant ainsi au déclassement et à la reproduction des inégalités sociales.

A ce stade, il y a lieu de souligner également une nouvelle tendance qui commence à se dégager : l’augmentation du taux chômage des jeunes lauréats des grandes écoles et instituts, évaluée à 9,5% en 2016 (contre 5% en 2012), avoisinant ainsi le taux de chômage national. Pour dépasser cette situation, la Vision stratégique 2015-2030 préconise l’élargissement des possibilités pour les jeunes de différentes origines sociales d’intégrer l’enseignement supérieur, avec un taux d’encadrement performant. La concrétisation de cet objectif est tributaire de plusieurs facteurs, dont notamment la diversification des modèles d’institutions d’enseignement supérieur à accès ouvert, la précision dans leurs typologies, l’unification de leurs critères d’accès et le développement de leur capacité d’accueil ainsi que la définition, dans le respect des principes de l’équité, de la transparence et du mérite, de nouveaux modes de sélection et d’accès aux institutions à admission limitée en tenant compte des secteurs et des métiers représentant un besoin prioritaire pour le pays.

Il est également question de garantir les conditions permettant à tous les étudiants de concourir dans le respect du principe du mérite ce qui exige d’assurer un meilleur rendement des filières de l’enseignement supérieur du système non régulé, de rehausser son image et de valoriser son offre de formation. L’ambition est en outre de faire évoluer le statut de l’enseignement supérieur non régulé d’un «système résiduel» à un système de filières d’excellence académique et professionnelle qui est lié à une amélioration substantielle de la qualité d’enseignement de toutes les disciplines. «La promotion et la valorisation équitables de l’éducation supérieure dans son ensemble passent également par l’introduction des humanités dans les études d’ingénieur tout comme l’introduction des disciplines des sciences exactes dans les études des humanités», lit-on dans le rapport du conseil.

Et de conclure: «Le déficit de l’éducation a freiné l’élan de la mobilité sociale durant les trois dernières décennies. L’éducation offre de moins en moins une mobilité ascendante et un renouvellement de l’élite. Afin d’assoir une base démographique au modèle de développement, il faudrait un élargissement de la classe moyenne sur la base d’une population dotée d’une éducation de qualité et de qualification pour disposer des compétences nécessaires lui permettant de prendre en charge la réalisation des grands chantiers du pays».

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