Jean Luc-Tholozan: «Le renforcement du français dans les universités, une priorité dans l’absolu»

Jean Luc-Tholozan: «Le renforcement du français dans les universités, une priorité dans l’absolu»

Entretien avec Jean Luc-Tholozan, directeur régional Maghreb de l’Agence universitaire de la francophonie

ALM : Quelle a été votre motivation à accepter un tel poste compte tenu de votre parcours plus orienté dans la recherche scientifique?

Jean-Luc Tholozan : J’ai un parcours de chercheur scientifique puis de professeur des universités à Marseille pendant près de 30 ans. Je suis arrivé  à la direction régionale de l’Agence universitaire de la francophonie au Maghreb de Rabat après 4 années passées à l’ambassade de France en Tunisie en tant qu’attaché de coopération universitaire. Mon parcours professionnel est partagé entre l’enseignement supérieur, la recherche et le transfert-innovation. Ces activités sont également les axes porteurs des activités de la direction régionale de l’Agence universitaire au Maghreb.

Quels sont les principaux obstacles au développement de la francophonie au Maroc?

Le Maroc fait face aux mêmes défis que la plupart des pays de l’espace universitaire francophone du Maghreb, et en particulier au fait que l’enseignement supérieur soit réalisé en très grande partie dans ces pays en français, alors qu’une bonne partie des disciplines est enseignée en arabe dans les parcours du secondaire et du lycée. Les étudiants ont donc des difficultés à suivre leurs cursus universitaires dans une langue qu’ils ne maîtrisent pas, avec des conséquences négatives sur le suivi des enseignements proposés à l’Université, et leur insertion professionnelle quand ils sont jeunes diplômés.

Quelles sont vos priorités pour les surpasser ?

Nos priorités s’inscrivent dans la nouvelle stratégie de l’Agence universitaire de la francophonie, adoptée à Marrakech lors de la dernière assemblée générale de l’agence, du 10 au 12 mai 2017. L’amélioration continue de la qualité de la formation supérieure au sein des universités maghrébines constitue l’une de nos premières priorités. Nous soutenons la qualité des formations dispensées au sein d’universités qui développent leur gouvernance, et qui participent à la structuration et au développement de la recherche scientifique. L’AUF souhaite également jouer au Maghreb un rôle notable dans le rapprochement entre le monde économique et celui de l’enseignement supérieur, au moyen d’actions ciblées  qui visent à encourager l’esprit d’entrepreneuriat chez les étudiants, développer les contacts entre les étudiants et les entreprises (stages, alternance…) et accompagner les

startupers. Nous souhaitons également pouvoir contribuer au renforcement de la pratique du français comme langue d’enseignement avec la nouvelle réforme 2015-2030 lancée par le Conseil supérieur de l‘éducation, de la formation, et de la recherche scientifique, en capitalisant sur toutes les initiatives marocaines et maghrébines de développement de la pratique du français dans l’enseignement supérieur.

Globalement, que réservez-vous comme stratégie à l’AUF ?

Outre les grandes lignes d’action présentées ci-dessus, nous avons également des projets phares, montés au Maroc et à valoriser à l’échelle régionale (pays du Maghreb), comme la formation pédagogique des futurs enseignants pré et post baccalauréat. Nous irons également chercher des projets qui fonctionnent bien en Tunisie, et dont les méthodes et résultats peuvent inspirer l’enseignement supérieur  au Maroc. L’idée étant de créer une dynamique maghrébine à travers nos actions AUF.

La francophonie ne s’arrêtant pas aux universités, quels sont vos partenaires ?

Nous travaillons aussi avec les centres de recherche publics et privés. Depuis 2016, une ouverture  aux universités privées est également en cours de réalisation. Nous développons  également des partenariats vers des ministères autres que ceux en charge de l’enseignement supérieur et de la recherche, et des synergies avec d’autres organisations internationales telles que l’Unesco, l’Alesco, l’Isesco et l’Union pour la Méditerranée (UpM)… Dans la Francophonie économique et au Maghreb en particulier, le rôle des universités dans le développement est aujourd’hui sous-représenté, alors que les dynamiques économiques et universitaires doivent trouver à mieux s’articuler. C’est une nouvelle culture qu’il faut insuffler en s’ouvrant au monde socio-économique, notamment les syndicats patronaux, les réseaux des chefs d’entreprises, la société civile… en ajoutant une plus-value méditerranéenne sur les échanges universitaires entre la rive Nord et la rive Sud de la Méditerranée.

Quel rôle pensez-vous que l’AUF peut jouer actuellement compte tenu de la problématique éducation au Maroc ? 

L’AUF apporte des propositions de valeur ajoutée sur l’existant  à travers la formation des enseignants et du staff administratif de ses membres. Nous accompagnons ou créons de nouvelles activités éducatives au bénéfice des étudiants, tels le concours national de dictée, la réalisation de Fablabs, le concours Ma Thèse en 180 sec. L’AUF facilite également, en tant que tête d’un réseau de plus de 850 universités dans le monde, et plus de 100 établissements membres au Maghreb, les contacts internationaux et les mobilités des enseignants et étudiants vers l’Europe et les autres pays du continent africain.

Quelle comparaison pourriez-vous faire entre le Maroc et la Tunisie en termes de francophonie et d’enseignement supérieur?

Les deux pays utilisent essentiellement le français comme langue d’enseignement supérieur, avec pour conséquence, au Maroc comme en Tunisie, une grande mobilité des enseignants, chercheurs et étudiants vers les pays francophones. Si les fonctionnements et structures de  formation supérieure et de recherche sont très voisins dans les deux pays, à mon sens, l’ouverture de l’université sur le monde économique est plus proactive en Tunisie. L’expérience réussie des projets tels que celui de l’Université Virtuelle de Tunis, créée il y a plus de 15 ans, témoigne aussi de l’avancée de l’enseignement numérique en Tunisie. Par contre, le Maroc est en avance sur d’autres aspects comme les statuts de la formation continue et le développement d’une pédagogie innovante de formation de ses futurs enseignants. Les universités marocaines sont également structurées depuis plusieurs décennies pour la plupart, alors qu’elles sont d’apparition récente en Tunisie.

Le mot de la fin…

Le principal objectif de l’action de l’AUF est d’ajouter de la plus-value sur tous les partenariats universitaires existants au niveau régional (ndlr : pays de Maghreb), au niveau de la Méditerranée occidentale, et d’accompagner leur ouverture vers les autres pays du continent africain dans les domaines de la formation supérieure, de la recherche, du transfert en innovation, et de l’ouverture vers le monde économique, pour diffuser et valoriser à bénéfices croisés l’expertise universitaire de chacun des pays de notre zone d’activité.

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