L’ENSA ambitionne de faire converger l’excellence vers la haute fonction publique

L’ENSA ambitionne de faire converger l’excellence vers la haute fonction publique

Interview de Rachid Meliani, Directeur général de l’École nationale supérieure de l’administration (ENSA)

Tout juste après la fusion opérée entre l’ENA et l’ISA, l’ENSA se lance dans des projets structurants de préparation à la formation de l’élite des hauts fonctionnaires de l’Etat avec pour ambition d’accompagner les grands chantiers de développement et de modernisation de l’administration marocaine.

La dimension africaine de cette nouvelle institution est présente avec force. La dernière initiative est la création du Réseau africain des écoles de l’administration publique (Rena-Afrique), regroupant une dizaine de pays africains et dont la présidence est revenue au Maroc. Cette initiative est intervenue en marge du Forum des Nations Unies pour le service public tenu à Marrakech du 21 au 23 juin 2018.

ALM : Le Maroc a été élu à la tête du Réseau des écoles nationales d’administration d’Afrique. De quoi s’agit-il ?

Rachid Meliani : L’École nationale supérieure de l’administration a organisé un side-event dans le cadre du Forum des Nations Unies pour le service public tenu à Marrakech du 21 au 23 juin 2018. Nous avons saisi cette opportunité pour créer le Réseau des écoles nationales d’administration d’Afrique. Il s’agit d’une initiative qui s’inscrit en droite ligne de la Vision royale qui consiste à prendre à bras-le-corps les préoccupations du développement de notre continent. Elle répond ainsi à des considérations liées au développement de la coopération Sud-Sud et à des impératifs de mise en place d’un cadre organisationnel devant structurer cette coopération.

En effet, les conditions permettant aux écoles nationales d’administration et institutions similaires de relever avec succès les nouveaux défis restent, à la base, les mêmes. Il s’agit de la modernisation, de l’amélioration de la qualité de la formation et de l’accompagnement des chantiers de transformation des administrations publiques.

Par ailleurs, pour que les écoles nationales d’administration et institutions similaires puissent être un moteur de modernisation du service public, il est nécessaire d’instaurer un dialogue nourri entre institutions des différents pays africains et un échange d’expériences et des bonnes pratiques tout en développant des standards communs, notamment en matière de qualité de la formation et d’échange d’expertise, soit autant de questions de fond qui ne sauraient trouver de réponses dans les seuls contextes nationaux. L’assemblée générale constitutive du réseau, tenue à Marrakech le 22 juin 2018, a permis l’adoption des statuts et l’élection du bureau. Le Maroc a été élu pour présider aux destinées du réseau RENA-Afrique.

L’ENSA a organisé un side-event en marge du Forum des Nations Unies pour le service public. Quels étaient ses objectifs et ses conclusions ?

Oui effectivement l’ENSA a organisé avec le ministère chargé de la réforme de l’administration et de la fonction publique un side-event sous le thème: Formation des élites et gouvernance transformationnelle pour le développement durable. On s’est assigné comme objectifs d’apporter quelques réponses à un certain nombre de questions qui se posent de manière pressante : Comment articuler efficacement les dispositifs de gouvernance et le renforcement des compétences pour accélérer le processus de développement durable? Quels sont les besoins actuels, futurs, individuels, collectifs et organisationnels en matière de formation et d’encadrement des élites? Et de quels dispositifs de formation des élites dispose-t-on actuellement? Quelles perspectives de modernisation de ces dispositifs pour mieux accompagner la gouvernance transformationnelle orientée Objectifs du développement durable (ODD)?

Le side-event a été introduit par les ministres marocain et français chargés de la fonction publique et animé par des panélistes de très haut niveau (anciens ministres, ENA France, experts OCDE, leaders et penseurs africains,…).

Les travaux de cette manifestation ont permis de mettre en évidence le concept de la gouvernance transformationnelle et la nécessité de rénovation du modèle d’action publique. Cela est nécessairement tributaire d’une vision transformative et d’un changement de paradigme dans la gouvernance de l’action publique.

L’objectif étant de pallier les carences constatées dans la gouvernance de l’action et des politiques publiques, de combler les déficits au niveau du management et de répondre aux exigences en termes de formation de l’élite administrative. L’articulation efficace des dispositifs de gouvernance et le renforcement des compétences se présentent ainsi avec acuité.

L’enjeu de la formation s’inscrit aujourd’hui dans un contexte qui ne cesse de changer. Comment peuvent s’adapter les ENA à cet enjeu ?

Comme vous pouvez le constater, nous sommes à l’orée d’une ère où le développement est fortement tributaire du renouveau des approches et des méthodes en matière de déclinaison des politiques publiques. Il s’agira principalement d’une restructuration transformationnelle de la gouvernance avec de plus en plus d’exigences dans la mise en œuvre des politiques de développement. Le leadership public aura, à ce titre, un rôle primordial à jouer pour y parvenir.

Le phénomène de mondialisation affectant les politiques publiques en général et les secteurs administratifs en particulier nécessite une réflexion commune sur les réformes à engager pour adapter les formations aux mutations profondes que connaît l’environnement de l’administration.

Ces mutations sont liées principalement à la «convergence des standards de formation» à travers le monde et les besoins que cette convergence induit en termes de concertation et confrontation des expériences, de «benchmarkings coopératifs», de développement d’approches communes, voire de réflexion sur les possibilités de «normes communes» pour les activités de formation pour l’administration publique.

Les compétences permettant de piloter l’action publique sont souvent insuffisantes, parfois inexistantes. Les Institutions de formation travaillent dans le sens d’articuler leurs dispositifs de formation aux exigences du développement. A cet égard, les ENA sont en train d’intégrer les forts besoins en adaptation dans leurs dispositifs de formation tant du point de vue de leur conception, de leurs modes de fonctionnement que de rénovation des approches pédagogiques.

Cela fait presque 2 ans que l’ENSA a été lancée en intégrant les structures de l’ancienne ENA et l’ISA. Quel est le projet de la nouvelle école et qu’en est-il de sa mise en place ?

L’ENSA est une institution née de la fusion de l’ENA (Ecole nationale de l’administration) et l’ISA (Institut supérieur de l’administration) avec une triple vocation, à savoir se spécialiser dans la préparation des hauts cadres de conception et de direction, accélérer la dynamique de modernisation de l’administration publique et enfin participer pleinement aux efforts de la diplomatie nationale en étant un opérateur actif de la coopération administrative.

Nous nous sentons à l’ENSA interpellés et concernés par tous les grands chantiers conduits par SM le Roi Mohammed VI et nous essayons d’y apporter notre modeste contribution: Afrique, émergence industrielle, développement régional, réforme de l’administration… tous ces dossiers interpellent nos formations. Ils sont au cœur de la formation initiale comme ils sont présents dans le dispositif de la formation continue et dans les travaux de réflexion et de conseil. L’ENSA se positionne aussi comme un véritable levier opérationnel pour l’accompagnement des chantiers de réforme et de modernisation fixés dans le programme du gouvernement. 

Qu’avez-vous fait pour concrétiser cette triple vocation ?

Il était tout d’abord important de réussir l’enjeu de déploiement de la fusion des deux grandes écoles et le renforcement des capacités de gestion de la nouvelle institution : après deux années de mise en place effective de la nouvelle réforme, nous sommes entrés en régime de croisière très vite. Les synergies réalisées par la fusion ENA/ISA sont là. Je reste très attaché à l’accélération de la courbe d’apprentissage de la nouvelle institution :

– La matrice du projet pédagogique de l’ENSA repose sur cinq principes directeurs, notamment la refonte de l’offre de formation qui sera davantage à dominante pratique, une formation en alternance entre les périodes d’enseignements pratiques et les stages, une diversification des cursus avec une priorité particulière accordée à la modernisation de l’action publique et à l’intégration des pédagogies en matière de valeurs du service public, d’éthique, de déontologie et d’engagement citoyen.

– Le concours d’accès à l’école a été complètement revu. A travers la refonte du concours, l’ENSA ambitionne de faire converger l’excellence vers la haute fonction publique et se transformer comme une autre passerelle au confluent des grandes écoles et universités. L’idée est d’identifier les candidats à haut potentiel à la fois dans l’administration et dans le privé.

– La formation continue constitue un axe prioritaire du projet de développement de l’école. Nous le convenons comme un lieu d’expérimentation de concepts opératoires de développement des capacités de l’administration. Elle est structurée autour de quatre offres dont l’accompagnement des grands chantiers (loi organique des finances, régionalisation avancée…) et la valorisation des parcours qui vise notamment le renforcement de l’encadrement moyen et l’accompagnement des fonctionnaires dans les changements de paliers (statutaires ou de fonction).  De même que nous développons des masters et des formations diplômantes sur des métiers, qui sont au cœur de la rénovation de l’action publique (acheteur public, développeur territorial, gestionnaire des crises, contrôle et évaluation de l’action publique…), des cycles et masters africains d’administration et de gouvernance ou encore un cycle de perfectionnement des études européennes. Certaines de ces formations seront développées en collaboration avec des organismes internationaux.

Par ailleurs, nous voulons donner une nouvelle impulsion aux études et à la recherche appliquée avec comme ambition d’éclairer la décision et d’enrichir le débat public. A cet effet, le projet de Centre d’études et d’analyse que l’ENSA met en place aura pour vocation d’être un espace de débat sur les questions de l’administration, et de l’action publique et des politiques de développement en général. Il va être, nous l’espérons, une passerelle de référence entre le monde académique, la sphère de la haute fonction publique, le secteur privé, les citoyens ainsi que la société civile.

 

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