Mohamed Knidiri: «Aujourd’hui, 6,5% de nos lauréats montent leur propre entreprise»

Mohamed Knidiri: «Aujourd’hui, 6,5% de nos lauréats montent leur propre entreprise»

Entretien avec Docteur Mohamed Knidiri, président académique de l’Université privée de Marrakech

ALM :  Comment se positionne l’UPM par rapport à d’autres universités ?

Docteur Mohamed Knidiri : Notre histoire a commencé il y a 30 ans et la reconnaissance de l’Etat récemment obtenue par l’UPM est l’aboutissement de ce travail commencé en 1987 à l’ouverture de notre première école d’enseignement supérieur. Notre vision est restée la même : accompagner les développements de notre pays et du continent en formant les hommes et les femmes disposant des connaissances mais également des compétences pour accompagner notre pays sur la voie de l’émergence et du leadership. Les évolutions de nos économies, de nos industries et de nos échanges nous ont amenés à repenser inéluctablement les formations. L’arrivée et la place prépondérante qu’occupent des nouveaux outils comme le numérique et la robotique ont créé de nouvelles races d’ingénieurs. La place du digital et de l’Internet dans l’entreprise ont démultiplié nos possibilités de communiquer et de commercer, avec les avantages et les inconvénients que cela comporte pour les managers d’aujourd’hui. De nouveaux métiers ont émergé, de nouvelles compétences sont demandées. Le concept même du travail est en train d’être redéfini.  Nous avons fait le choix de miser sur la qualité des enseignements, sur les équipements mis à disposition pour l’apprentissage pratique des étudiants, sur la qualification de nos professeurs. Nous avons opté pour un corps enseignant très majoritairement permanent et donc pour l’encadrement et le suivi de nos étudiants. Ces choix sont parmi ceux qui ont contribué à décrocher la reconnaissance de l’Etat. Les directions que nous avons prises de manière avant-gardiste il y a 30 ans se sont révélées payantes pour l’UPM et par conséquent pour nos lauréats.

Certains directeurs d’universités privées encouragent leurs étudiants à intégrer le secteur privé alors que la reconnaissance permet l’accès au public. Que répondez-vous à cette idée ?

L’octroi de la reconnaissance et par conséquent l’équivalence des diplômes de l’UPM avec ceux de l’Etat permet en effet à nos lauréats d’intégrer le secteur public. A l’obtention de son diplôme, le lauréat UPM a trois possibilités : rejoindre l’administration publique ou postuler dans une entreprise de l’Etat, travailler dans une entreprise du secteur privé ou bien encore monter sa propre entreprise. Le choix réside donc entre les mains du lauréat et la disponibilité des places dans le public. Certes, le secteur privé présente plus d’opportunités en termes de possibilités en adéquation avec les formations à forte valeur ajoutée mais également en termes de possibilité d’évolution de carrière. Quant à l’entrepreneuriat c’est un axe que nous poussons. Aujourd’hui 6,5% de nos lauréats montent leur propre entreprise. Il s’agit d’un chiffre que nous comptons améliorer de manière conséquente avec la mise en place de notre incubateur d’entreprise cette année. Le C2IE – Centre d’innovation, d’incubation et d’entrepreneuriat (C2IE) de l’Université privée de Marrakech est une structure accueillant et accompagnant les étudiants UPM porteurs d’idées et de projets innovants ainsi que les entreprises en création, jusqu’à leur concrétisation et pendant leurs premiers mois d’existence. L’incubateur UPM permettra de contribuer à la création et la génération d’emploi et de richesse. Nous n’avons pas à encourager nos étudiants à se diriger vers l’un ou l’autre des secteurs. En revanche nous avons à leur donner tous les outils qui leur permettront de choisir une des trois possibilités qui s’offrent à eux au moment de l’obtention de leur diplôme.  En plus de ces outils, nous leur apportons toutes les informations relatives aux secteurs qui embauchent. Selon les chiffres du HCP, entre le 1er trimestre 2016 et la même période de 2017, 109.000 emplois ont été créés par l’économie marocaine dont la majorité, 45.000, dans le secteur des services. Ceci est une indication sérieuse de là où il faut regarder pour un jeune lauréat.

Quelle est la valeur ajoutée de la formation offerte par l’UPM ?

L’adéquation formation-emploi est le premier point. L’économie mondiale ne cesse de se reconfigurer et est notamment caractérisée par un rattrapage économique très fort des pays émergents. Notre continent se positionne comme un nouveau pôle mondial de croissance.  Pour accompagner le Maroc vers la réalisation de ses objectifs de développement et pour accompagner le développement de l’Afrique, nous devons bien former nos jeunes, les former aux métiers de demain et bien les préparer au marché du travail. Si nous voulons relever les défis technologiques et socio-économiques, nous devons être à la pointe de la recherche et de l’innovation. Ces défis se relèvent encore par une ouverture sur les entreprises. L’université doit être ouverte sur son environnement socio-économique. C’est notre crédo et notre force à l’UPM. De cette ouverture et du travail effectué avec les entreprises découle la cohérence de nos enseignements. Notre ingénierie pédagogique est basée sur le learning by doing ou la pédagogie par l’action. Tout au long de son cursus à l’UPM, l’étudiant est placé dans une situation d’apprentissage par la pratique. Cette méthode d’enseignement met l’étudiant dans une situation où il doit transposer ses savoirs théoriques au service d’une entreprise.

Analyse, force de proposition, autonomie, décisions, gestion de projet, nous donnons à ces futurs professionnels la carrure nécessaire pour assumer les fonctions de managers et ingénieurs auxquelles ils accéderont. Nous travaillons à révéler et développer le potentiel de nos étudiants pour leur permettre d’atteindre leurs objectifs professionnels en confrontant leurs savoirs théoriques à la réalité du terrain à travers  les rencontres avec les entreprises, la conduite de projets et les stages qui sont une composante annuelle obligatoire de l’ensemble de nos cursus. La valeur ajoutée réside également dans le haut niveau d’infrastructures que nous avons mises en place et qui elles aussi participent à l’apprentissage pratique. Elle réside également dans l’encadrement que nous avons choisi de faire de nos étudiants. L’étudiant de l’UPM bénéficie d’un coaching personnalisé tout au long de son cursus. Des rendez-vous personnalisés et des ateliers de formation sont mis en place tout au long de son parcours, ce qui nous permet de l’accompagner vers la mise en place de son projet professionnel, que cela soit l’intégration au sein d’une entreprise ou encore la mise en place d’un projet entrepreneurial.

Qu’en est-il de votre ouverture sur l’Afrique après le Sénégal ?

Nous avons déjà annoncé le lancement des travaux de notre nouveau campus africain à Oyo au Congo Brazzaville. Le Congo Brazzaville nous permet de nous positionner comme le hub de l’enseignement supérieur de haut niveau, avantageusement et stratégiquement situé en Afrique centrale, entre la RDC, le Gabon, la République Centrafricaine et le Cameroun. D’autres annonces de développement sur le continent suivront très prochainement.

Est-ce que la formation à l’UPM garantirait un salaire digne ?

Plusieurs facteurs permettent d’obtenir un bon salaire. Le premier est sans nul doute de suivre une formation qui fera du lauréat une valeur ajoutée sur le marché du travail.

Nous formons à des métiers d’avenir. Quand beaucoup ne rêvent que de devenir médecins, nous formons les spécialistes qui savent gérer la technologie qui entre aujourd’hui dans les salles de soins et les blocs opératoires. L’impression 3D permet par exemple de nombreuses applications avec les prothèses ou les plâtres. Autre exemple, le CHU de Marrakech, partenaire de l’UPM dans la formation en ingénierie de la santé, qui investit et capitalise sur l’équipement hautement technologique de son plateau technique et qui s’est récemment illustré avec la mise en place d’une nouvelle technique en neurochirurgie : le neuromonitoring préopératoire. Quand tous ne voient que le mot ingénieur, nous plaçons les mots énergies renouvelables, systèmes embarqués. Quand beaucoup rêvent d’un master en marketing, nous avons déjà depuis longtemps intégré au programme la dimension stratégie digitale qui permet aux lauréats de ce Master à l’UPM d’avoir ce plus par rapport aux autres et par conséquent d’avoir un meilleur salaire à l’embauche ou une évolution de carrière plus rapide.

L’adéquation formation-emploi joue donc un rôle important dans le salaire. Mais cela ne suffit pas. Dynamisme, esprit d’équipe, créativité, aisance relationnelle et capacité de communication, la liste des qualités et savoir-être recherchés par les recruteurs est longue et permet de mieux négocier un salaire. Nous apprenons à nos étudiants à compléter les compétences techniques et leurs expériences professionnelles acquises en stages par les savoir-être qui permettront au recruteur de projeter le candidat dans sa fonction future et l’entreprise. Les salaires à l’embauche ne sont pas ceux que nous prenons en considération chez nos lauréats. En revanche, ce que nous regardons de près ce sont le taux de transformation des périodes d’essai et l’évolution salariale sous un an et deux ans. Lorsque 80% d’entre eux trouvent un emploi sous 3 mois et que sous 2 ans, leur salaire oscille déjà entre 15 et 20 000 DH, nous pouvons nous estimer satisfaits.

Par Laila Zerrour et Salima Guisser

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