Nabil Berrada: «Parents, accompagnateurs pas propriétaires de leurs enfants»

Nabil Berrada: «Parents, accompagnateurs pas propriétaires de leurs enfants»

L’avis de Nabil Berrada, coach, directeur général  Athanour

Quelle serait déjà la démarche que devront adopter les parents qui ont à vivre une séparation avec leur enfant en partance pour terminer ses études à l’étranger ?

Nabil Berrada : Au fait, parents et enfants vivent dans ce cas la fin d’un cycle et l’ouverture d’un nouveau. Cela se traduit pour les parents, en profondeur, par des questions existentielles sur leur mission. Beaucoup de parents et notamment les mères s’investissent dans l’éducation de leurs enfants et avec leur départ, ils affrontent un vide. Toute la problématique est comment les parents en tant qu’individus, avec chacun sa propre histoire personnelle et ses propres besoins, expriment ce vide et comment ils cherchent à le remplir de manière consciente et le plus souvent inconsciente. Beaucoup de parents, au-delà des moyens économiques, cherchent à convaincre leurs enfants de rester à la maison ou ne pas trop s’éloigner. L’enfant devient le thérapeute de ses parents ou un comble vide. Le rôle d’un coach est de libérer la parole des uns et des autres et de leur permettre de mettre des mots sur ce qu’ils éprouvent. Car c’est une véritable épreuve. Ensuite, explorer les besoins de chacun, parents et enfant, afin de ne pas handicaper l’avenir de l’enfant.
Pour cela, il n’existe pas une démarche standard. Le coach permet aux parents de mettre de la lumière sur ce qui se passe et de se projeter. Il leur laisse toute la liberté et la responsabilité, une fois qu’ils ont pris conscience de ce qui se joue entre eux, de décider et d’assumer totalement les conséquences de cette décision.

Dans quel cas préconisez-vous un accompagnement coaching?

Pour qu’il y ait coaching, il faut qu’il y ait une demande. Et pour qu’il y ait une demande, il faut que les parents ou l’enfant vivent une certaine «confusion». Cette confusion peut donner lieu à une souffrance exprimée ou latente. Quand les parents se présentent à un coach c’est pour essayer de clarifier une vision, un sentiment et prendre une décision. Souvent, cela demande un sens de la communication élevé et une intelligence émotionnelle avérée. Combien même on a ces deux qualités, face à ses enfants on peut les perdre. D’où l’intérêt d’un accompagnateur externe qui est neutre et qui n’est pas impliqué émotionnellement.

Quels seraient les objectifs attendus en termes d’attitude et de transfert chez l’enfant ?

Avant de parler de l’enfant, parlons des parents. Il n’existe pas une école qui forme les parents à gérer des situations qui les dépassent. Nous avons tous porté des projets pour nos enfants. Mieux encore, nous avons tous fait de nos enfants notre projet, notre revanche, notre réponse à une position sociale… Et les dégâts viennent de là. Car, en tant que parents, nous écoutons nos besoins conscients, nous nous laissons entraîner par les besoins inconscients et nous occultons totalement les besoins de nos enfants et ceux qu’ils attendent de la vie. Le plus important à transmettre à l’enfant, au-delà de l’amour inconditionnel de ses parents, c’est cette confiance en lui en tant que futur adulte. Si nous continuons à décider pour lui, à lui faire vivre nos propres émotions et névroses, nous ne lui permettons pas de prendre son envol. Nous parents, sommes des accompagnateurs pas des propriétaires.

Quelles sont les différentes techniques adoptées pour les atteindre ?

Je n’aime pas parler de recettes. Chaque cas est spécifique. Les parents et l’enfant sont porteurs de solutions, le coach avec des questions, des confrontations, des prises de conscience et autres permet cet accouchement de solutions. Parents et enfants doivent mettre en place des mécanismes de communication basés sur la prise de conscience du besoin, de son expression et de la contractualisation en fonction d’un objectif bien défini.
Un coach est biodégradable. Il doit passer rapidement la main aux parents et enfants pour qu’ils puissent appliquer ces techniques de communication et les faire évoluer en fonction des situations. Deux principes fondamentaux : responsabilité et autonomie.

Quand conseillez-vous généralement cet accompagnement ?

Il est fortement recommandé de le faire avant l’année du Bac. Après, cela dépend des situations.

L’enfant devra-t-il bénéficier aussi d’un accompagnement ?

Bien entendu, il fait partie du système. Il le nourrit et peut en souffrir ou en bénéficier.

Quelles sont vos recommandations par rapport à cette problématique ?  

Certains parents considèrent que leur cas est unique et refusent d’en parler. Les dégâts peuvent être graves aussi bien pour eux que pour leur enfant. Accepter d’échanger, se remettre en cause, relativiser tout cela ne peut que soulager les parents et établir une communication saine entre eux et entre eux et leur enfant.

Etudes à l’étranger: Opération coaching parental !
Quelle attitude adopter face à son enfant qui quitte le bercail ? La plupart des parents se retrouvent désarmés face à cette situation tout simplement car ils n’ont pas pensé à l’impact que pourrait avoir cette séparation sur eux et sur leur enfant qui va s’envoler vers d’autres cieux. Les psychologues sont unanimes à dire que l’attitude des parents est très importante dans cette situation car l’enfant devra gérer à la fois l’appréhension de l’inconnu et la culpabilité de laisser ses parents. Entre la peur et la culpabilité, l’enfant devra être très vite pris en charge pour ne pas sombrer dans la déprime une fois sur place livré à lui-même pour la première fois. La plus grande erreur des parents est de laisser passer leur cœur et de craquer face à lui.

Et c’est bien dans cette optique que le coach parental servira à remédier à bien des situations. Les parents qui optent pour cette démarche pourront gérer leur angoisse pour ne pas tomber dans les comportements guidés par le cœur et engendrant bien des dégâts chez l’enfant une fois parti. Car la réalité est amère. Les parents, sans se rendre compte, adoptent un comportement égoïste vis-à-vis de leur enfant. Résultat des courses, la culpabilité ne fait qu’augmenter chez l’enfant. Dans une telle situation les échecs et les retours sont fréquents, voire inévitables. La démarche du coaching consiste à ancrer dans l’esprit des parents une pensée positive qu’ils pourront véhiculer chez leurs enfants de telle sorte à les rassurer.

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