Yasmine Benamour: «Il y a deux écueils à éviter dans la double diplomation»

Yasmine Benamour: «Il y a deux écueils à éviter dans la double diplomation»

Entretien avec Yasmine Benamour, docteur en sciences de gestion administrateur DG de HEM

Les diplômés de HEM occupent le plus souvent des postes de responsabilité et s’insèrent dans le monde de l’entreprise, pour une très grande majorité, avant leur diplomation ou moins de 6 mois après l’obtention de leur diplôme.

ALM : HEM, une école pionnière dans l’enseignement supérieur privé, comment voyez-vous la situation aujourd’hui des études supérieures dans le privé face à un enseignement public pointé du doigt ?

Yasmine Benamour : La situation est assez déconcertante car l’enseignement public est, comme vous dites, pointé du doigt depuis des décennies, gouvernement après gouvernement, et, malheureusement, nous ne voyons pas encore arriver les véritables réformes qui augureraient d’un avenir réellement positif. Des efforts ont été faits mais ils ne sont pas suffisants. La langue, les méthodes d’enseignement et la formation des formateurs sont, entre autres, de véritables soucis. D’un autre côté, l’enseignement supérieur privé a, lui, globalement fait ses preuves mais sa part dans les effectifs étudiants globaux ne fait que diminuer depuis les 10 dernières années. Elle est à environ 5% aujourd’hui. La Charte de l’enseignement n’a pas été mise en œuvre et aucune initiative n’a été prise pour solvabiliser la demande, par exemple en aidant les parents par le biais d’une défiscalisation des frais d’études et/ou par l’octroi de bourses de mérite. La situation est malheureusement assez paradoxale, voire dangereuse pour notre pays.   

Parlez-nous de votre stratégie d’insertion professionnelle et de votre politique pour les stages…

Les stages occupent une place très importante dans le Programme Grande Ecole de HEM. Ils permettent, tour à tour, la découverte de l’entreprise et des liens entre ses différentes composantes ainsi que l’acquisition progressive de responsabilités en liaison avec la spécialité choisie par l’étudiant. Ainsi, chaque année de formation au sein de HEM comprend un stage obligatoire dont la durée et la nature sont adaptées au programme. L’étudiant effectue au total, durant les 5 ans de son cursus, 43 semaines de stage. Il a donc une année d’expérience dès sa sortie de HEM! La nature de chaque stage est adaptée au programme de l’année. Ces stages se situent volontairement entre les deux semestres (au milieu de l’année universitaire) afin d’être plus utiles à l’étudiant, à l’exception de la 5ème année pour laquelle le stage est en fin d’année puisqu’il peut constituer un tremplin pour l’embauche. Pour ce qui est de notre stratégie d’insertion professionnelle, les stages ne sont évidemment qu’un outil parmi tant d’autres permettant la réussite de celle-ci. L’insertion professionnelle de l’étudiant est le but ultime d’une business school. L’ensemble du Programme Grande Ecole de HEM est étudié dans ce sens, que ce soit les activités à l’intérieur de la classe ou celles en dehors. 

Comment se distingue votre établissement et quelles sont les perspectives professionnelles offertes par HEM ?

Les caractéristiques distinctives de HEM reposent sur 4 piliers forts, 4 piliers présents à HEM depuis sa création il y a près de 30 ans. On note en premier les convictions et les valeurs fortes fondées sur l’éthique, l’humilité, la responsabilité, l’innovation et le sens de l’effort. Le deuxième pilier est relatif à un modèle basé sur le système «Grande Ecole» avec une sélection à l’entrée (concours écrit et oral, à dates fixes, contenu clair et prévu bien à l’avance, conditions d’accès bien précises et affichées à l’avance, corrections à l’aveugle), une Prépa intégrée, un encadrement très  rapproché des étudiants et des cours en petits groupes. Je citerai troisièmement  le modèle pédagogique construit dans le temps, adapté au Maroc, et basé sur un équilibre entre compétences techniques et développement personnel de l’étudiant. Et enfin, la dimension internationale affirmée à travers des partenariats prestigieux.

HEM compte aujourd’hui plus de 4.400 diplômés. Ses cursus ouvrent des perspectives professionnelles, au Maroc comme à l’étranger, aussi bien dans le domaine industriel que dans le secteur des services – finance, assurance, conseil & audit, communication & publicité, télécommunications, tourisme,… Les diplômés de HEM occupent le plus souvent des postes de responsabilité et s’insèrent dans le monde de l’entreprise, pour une très grande majorité (plus de 86%), avant leur diplomation ou moins de six mois après l’obtention de leur diplôme. Les entreprises apprécient généralement les HEMistes pour leurs compétences professionnalisées mais également pour leur culture générale, leur personnalité et leur aisance de communication (aussi bien écrite qu’orale).

Que pensez-vous des programmes d’échanges à l’étranger et de la double diplomation avec des partenaires académiques internationaux ?

Les programmes d’échanges ne peuvent être que source de richesses pour l’étudiant qui découvre d’autres cultures, d’autres façons de faire et qui met à l’épreuve son sens des responsabilités et de l’autonomie. Pour ce qui est de la double diplomation, il y a 2 écueils à éviter. Certaines institutions font appel à des établissements étrangers qui ont eux-mêmes des problèmes de recrutement et d’éthique dans leur pays et qui viennent au Maroc pour des considérations purement commerciales. C’est là un premier écueil à éviter. L’autre écueil à éviter est de se fermer sur l’international par les temps qui courent et qui sont à l’ouverture et à la globalisation. Il faut donc se lier à des établissements étrangers sérieux dont l’apport est réellement positif: échanges d’expériences, échanges d’étudiants,  d’enseignants, etc. En d’autres termes, l’établissement marocain doit tout d’abord montrer sa compétence par lui-même : «On n’est bon que parce qu’on l’est d’abord par soi-même». HEM est ainsi fière de dire qu’elle est le fruit de compétences marocaines tout en étant ouverte à l’international à travers des partenariats avec les meilleurs. Dans ce cadre-là, la double diplomation est très bénéfique et permet une belle ouverture.   

Auriez-vous pensé à intégrer de nouvelles filières pour la saison prochaine ?

Nous sommes désormais dans une économie de la connaissance où l’information est disponible à tous et où l’instantané prime. Nous sommes également dans un monde en crise, en perte de repères. Les bacheliers de cette année et les suivants seront nés au début des années 2000. C’est que l’on appelle la Génération Z ; une génération née et qui vivra avec Internet, moins patiente, ayant besoin de repères et de gagner davantage en méthodologie et en rigueur. D’un autre côté, le monde de l’entreprise a également ses nouvelles exigences. L’acte d’enseigner et la pédagogie sont ainsi à repenser et doivent accompagner ces mutations. Dans le cadre de notre plan triennal 2015-2017, nos équipes scientifiques et d’ingénierie pédagogique ont donc travaillé sur une consolidation de notre Programme Grande Ecole au niveau de ses contenus, méthodes et outils pédagogiques et ce, en tenant compte de la demande évolutive du monde économique ainsi que des besoins et comportements nouveaux des jeunes générations. Nous n’intégrons donc pas cette année de nouvelles filières proprement dites mais nous repensons la structure globale de notre pédagogie ; ce qui est de nos jours fondamental.

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