Fuite de cerveaux : L’élite doit s’atteler à les répertorier

Fuite de cerveaux : L’élite doit s’atteler à les répertorier

Engagé dans un processus démocratique, le Maroc traverse une crise de pensées sans précédent. Preuve en est l’hémorragie des fuites de cerveaux et le fort taux des étudiants recrutés dans les pays hôtes après leurs études. Face à cela le Maroc devra répertorier sans plus   tarder ses hommes et ses femmes à l’étranger pour les convaincre de regagner le pays. Son développement en dépend. Le programme Sharaka fait partie des prémices. La problématique concerne tout le monde. Explications. 

«38.000 étudiants marocains vivent en France dont la plupart ne rentreront pas au Maroc. 8.000 cadres, 1.200 hommes d’affaires, 600 ingénieurs et 630 médecins ont quitté le Maroc en 2018. 7.000 médecins marocains en France et les ingénieurs se comptent par milliers…». Ces derniers chiffres font le buzz depuis quelque temps. Les résultats de la dernière étude réalisée par ReKrute.com confirment largement cette tendance. Le dernier discours royal en a fait un axe principal. Les responsables revoient leur stratégie globale en matière de ressources humaines. Le Maroc devra faire du salarié compétent son premier client. Le traiter en tant que tel placerait les pourvoyeurs d’emplois dans un cycle de responsabilité sociale d’entreprise, plus, en tant que sauveur de toute une société en perte de confiance !

La ruée vers le Canada à elle seule prouve que les Marocains sont en quête d’un meilleur bien-être. Et pour les retenir, il serait opportun de reconsidérer les critères de fidélisation et ceux d’avancement dans l’échelle hiérarchique.

Ce serait le début de la construction du projet de société dont il est question déjà depuis deux décennies.

Tous les experts de la question sont unanimes à dire que la question cruciale au Maroc est aussi la capacité d’embauche des sociétés qui aujourd’hui se trouvent acculées à résister elles-mêmes à un environnement de plus en plus concurrentiel. Mais justement face à des données de plus en plus difficiles à cerner, il s’agit de s’entourer des meilleurs pour réussir à relever les défis de toute nature (sociopolitiques et économiques) !

C’est bien dans cette optique que plusieurs nouveaux métiers ont fait leur apparition comme dans la transformation des entreprises -à travers les nouveaux outils de communication qui offrent un meilleur rayonnement- et l’intelligence économique qui à elle seule détecte les opportunités les plus intéressantes entre les pays.

La ruée vers le Canada à elle seule prouve que les Marocains sont en quête d’un meilleur bien-être. Et pour les retenir, il serait opportun de reconsidérer les critères de fidélisation et ceux d’avancement dans l’échelle hiérarchique.

Fraîchement diplômés d’Europe ou d’Amérique, les jeunes qui souhaitent revenir au pays butent sur un environnement qui est différent de celui qu’ils laissent derrière eux. Le choc des cultures est réel. L’intégration très difficile. L’ascenseur social demeurant en panne.

Et c’est face à cette problématique complexe que le chercheur en sociologie, Fouad Benmir, déclare qu’il est grand temps que l’élite marocaine s’attelle et prenne exemple sur l’Espagne en répertoriant tous les cerveaux partis étudier à l’étranger et ne sont plus revenus. L’expert rappelle qu’«un comité destiné à cette fin avait été mise en place et présidé directement par le Roi Juan Carlos pour suivre les cerveaux et aller les voir pour les faire revenir au pays». C’est ce que devra faire le Maroc aussi s’il souhaite reconquérir cette population dont le cœur est réellement rivé vers son pays mais qui ne se retrouve plus du tout dans cet environnement où toutes les portes se ferment à son arrivée.

Aujourd’hui, le gouvernement en est conscient. Le programme Sharaka qui a été actionné, il y a déjà deux ans a permis de démarrer une radioscopie des Marocains vivant à l’étranger. L’étude financée par l’Union européenne a permis de faire remonter aussi les difficultés rencontrées par les Marocains désireux d’investir au pays. Ceci dit cette étude ne permet pas de répertorier l’ensemble des populations vivant à l’étranger. Les départements compétents devront mettre les bouchées doubles sans plus tarder pour les répertorier et assurer le retour de ceux qui le souhaitent dans les meilleures conditions.

Aujourd’hui, il n’est plus question, par ailleurs, que de MRE mais de jeunes lauréats qui ne souhaitent plus revenir. Pire, des promotions entières sont recrutées par des pays européens.

Preuve en est que les Marocains sont intellectuellement doués. La problématique résidant dans la valorisation des compétences et l’absence de méritocratie ! 

Les managers se font à terme hara kiri en préférant recruter des personnes recommandées ou acceptant des salaires bas. Car le rendement est une affaire de motivation.

Fouad Benmir met le doigt aussi sur le fait que «les étudiants doivent être soutenus et accompagnés dès leur démarrage universitaire à l’étranger à travers l’octroi, notamment, des bourses aux plus méritants ?».

Le constat est réel. Les parents qui s’endettent pour offrir un passeport d’avenir pour leurs enfants sont aussi dans la même logique que les futurs diplômés. Et c’est dans cette optique que les bourses devront être davantage démocratisées pour les plus méritants. Le Maroc qui a fait les premiers pas, certes, vers la démocratie devra sans plus tarder s’offrir les meilleures chances pour réussir ce virage. Et ce n’est qu’avec ses compétences qu’il pourra y accéder.

Une belle équation où le nationalisme n’en sera que grandi.

D’ailleurs, un autre exemple espagnol le confirme. C’est le cas de l’Argentine qui a accueilli les meilleurs ophtalmologues espagnols lors de l’ère Franco. Identifiés quelques années plus tard, les médecins concernés avaient déclaré être prêts à retourner au bercail si l’Etat espagnol leur garantissait la démocratie.

Tout est dit. Le Maroc en est là. Et il n’y arrivera qu’avec l’instauration de critères clairs en termes de méritocratie et de valorisation des compétences. D’ailleurs le programme Emergence avait été retardé justement faute de compétences spécifiques dans les secteurs porteurs. Aujourd’hui, le Maroc a toutes les donnes pour trancher et changer le fusil d’épaule. Le ton a été donné par la plus Haute Autorité.    

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