Grandes écoles, classes prépas, concours d’admission : Faut-il s’enfermer dans un but précis ?

Grandes écoles, classes prépas, concours d’admission : Faut-il s’enfermer dans un but précis ?

Les nouvelles données du marché et la pression sur les objectifs à atteindre est telle que les jeunes, trop formatés à recevoir uniquement les belles choses, tentent l’entrepreneuriat.

Les exigences du marché de l’emploi, la quête de polyvalence chez les recruteurs, la concurrence, le rétrécissement des marges sont autant de données qui font que les étudiants visent l’excellence pour réunir toutes les chances de réussir leur immersion professionnelle. La pression est telle que les étudiants même brillants sont obligés de tripler même les classes prépas pour obtenir une grande école de commerce quand c’est la trajectoire choisie…. Stress, manque d’appétit, saturation et dépendance aux excitants qui permettent de rallonger les nuits courtes sont le résultat de cette compétition sans pitié pour l’étudiant.

«Cela dit, est-ce que le but est clair dans la vie quand on entreprend des études?» C’est la question que s’est posée Philippe Silberzahn, professeur d’entrepreneuriat à Emlyon Business School. L’homme qui enseigne dans l’une des plus prestigieuses écoles de commerce françaises convoitées par les étudiants précise bien dans son blog que la logique suggère que oui, bien-sûr. «On appelle cela un projet professionnel et la solidité d’un tel projet, c’est-à-dire la clarté du but que l’on poursuit, est une condition importante d’admission dans les grandes écoles au moment de l’entretien».

Cela dit, l’expert dans les techniques de l’entrepreneuriat soulève la question fondamentale, voire existentielle : «Est raisonnable d’exiger cela à l’heure où le monde n’est qu’incertitude et surprises? Je pense que non».

Il est clair que tous les enfants rêvent d’un métier depuis leur tout jeune âge. Si certains restent fidèles et il y en a dont la détermination est bien réelle d’autres changent d’avis au fil des ans. L’influence parentale y est pour quelque chose….

Bien placé pour le savoir, Philippe Silberzahn affirme, en effet, que «la plupart des parents poussent ainsi leurs enfants à faire des études  sérieuses pour avoir un bon travail». En tant que membre du jury dans les oraux d’admission d’une école de commerce, l’enseignant atteste en effet que «les  candidats semblent être préparés depuis leur plus jeune âge à ce moment crucial.

Leur vie est une réponse au cahier des charges de l’oral d’admission: un sport collectif, une passion, un engagement humanitaire, un livre favori, une marotte un peu bizarre pour titiller le jury, une concession à la mode du temps (développement durable ou bio, c’est selon). Les vingt premières années entièrement formatées pour maximiser leurs chances d’atteindre le but ultime : l’admission».

Les faits sont là. L’élite se distingue ainsi. Le top management marocain encourage cette tendance en proposant des postes largement mieux rémunérés dès le départ pour les lauréats des grandes écoles. La trajectoire est tracée. Le cap difficile passé, les jeunes recrues se positionnent dans le monde de l’entreprise avec des fois même  un poste de responsabilité d’entrée ! Et pour faire encore mieux, un pied dans l’associatif permet de se distinguer davantage. Le tableau est certes beau.

La trajectoire est généralement celle-ci après une belle sortie (grandes écoles, universités de renommée internationale…). Cela dit, les nouvelles données du marché et la pression sur les objectifs à atteindre est telle que les jeunes, trop formatés à recevoir uniquement les belles choses, tentent l’entrepreneuriat. Les propos de l’enseignant expert du domaine sont édifiants. «Nombre d’entre ces «gagnants» se précipitent sitôt admis vers l’entrepreneuriat comme seule porte de sortie pour échapper à ce but qu’ils n’ont jamais vraiment désiré. L’entrepreneuriat comme voie de sortie est d’ailleurs récemment théorisé par les chercheurs en entrepreneuriat qui y voient une des sources de la fluidité croissante de notre société.

Les gens ont désormais des options pour échapper aux buts imposés». Car c’est un fait. Pour certains jeunes, l’idée d’embrasser une carrière professionnelle est d’entrée irrecevable. Ceux qui ont la fibre entrepreneuriale n’ont pas forcément des buts bien définis. Mais ils se sentent vivants. C’est ainsi que les définit Philippe Silberzahn. L’enseignant est convaincu que «ce sont bientôt ceux-là même qui deviendront la norme». Certains jeunes l’ont compris. Et ne pas savoir n’est pas une tare. La vie est faite de découvertes et d’opportunités.

Pour cet enseignant dans le domaine de l’entreprenariat, une telle attitude fait preuve de maturité et de courage. Dans sa réflexion, l’enseignant et membre du jury d’admission de l’EML Lyon Business School ira jusqu’à décréter que l’absence de but c’est la vie.

«Une vie sans but ? Un étudiant sans projet de carrière? Pourquoi pas ? Prendre des cours au hasard de ses envies, découvrir des choses inattendues, s’initier à la calligraphie, par exemple, totalement inutile, rencontrer des gens en dehors de son cercle et arriver à un endroit inimaginable au départ. Quelques années plus tard, connecter toutes ces choses inutiles et inventer le Macintosh avec ses superbes polices de caractère. C’est l’histoire de Steve Jobs. On peut faire pire, non?» Philippe Silberzahn est bien placé pour analyser cet aspect.

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