Harcèlement moral au travail : «Des répercussions lourdes sur la vie personnelle et professionnelle»

Harcèlement moral au travail : «Des répercussions lourdes sur la vie personnelle et professionnelle»

Entretien avec Ghita Msefer , psychologue clinicienne et psychologue du travail au Centre international de psychologie du travail 

Tensions, stress, disputes… l’environnement du travail est parfois le théâtre d’agissements qui nuisent à la productivité de l’entreprise et au bien-être de ses salariés. En effet, la souffrance psychique et morale dans les lieux de travail est un mal qui touche de plus en plus de personnes. Seulement, les tabous et la peur de perdre son emploi poussent un bon nombre de ceux qui le subissent à se taire et vivre ce mal-être en silence. Afin de cerner ce phénomène de société et mesurer les retombées qu’il peut avoir sur l’environnement de travail, ALM a posé la question à  Ghita Msefer,  psychologue du travail. 

ALM : Comment la psychologie définit-elle le harcèlement moral au travail? Quels sont les traits de caractère d’un employeur qui harcèle moralement ses employés et comment cela se manifeste-t-il ?

Ghita Msefer : Le harcèlement moral au travail est un concept assez difficile à définir, car il n’existe pas de définition objective et précise. Cette problématique intègre une partie importante de subjectivité liée à la personnalité de chaque partie. Globalement il s’agit de toute action d’atteinte à la dignité du salarié, à ses droits et à ses possibilités d’être reconnu et d’évoluer professionnellement. Cette attitude peut prendre la forme de gestes, de paroles, de comportements et d’attitudes caractérisés par la répétition et la quantité qui comporte une atteinte à la dignité et l’intégrité psychique et physique d’un ou d’une salariée.

Quels sont les impacts de ce type de harcèlement sur la qualité de vie au quotidien d’un employé qui le subit ? sur son entourage ?

Nous retrouvons chez les employés souffrant de sentiment de harcèlement des symptômes apparentés à un état de stress post-traumatique, ayant des répercussions lourdes sur la vie personnelle et professionnelle : sentiment de manque de reconnaissance, diminution d’estime de soi, sentiment d’insécurité, angoisses sous différentes formes liées au travail, difficultés à s’affirmer, sentiment de persécution, angoisses face à l’avenir, démotivations, somatisations, insomnies, désinvestissement émotionnel sur le lieu professionnel et personnel, trouble de concentration et de la mémoire, hypertension, fatigue, perte du sentiment de plaisir, etc.

De par votre expérience, y a-t-il des métiers où ce phénomène persiste le plus ?

Nous retrouvons plus de victimes de harcèlement moral dans le secteur public que dans le secteur privé. Cela pourrait s’expliquer par le fait que les fonctionnaires prennent moins le risque de changer d’activité professionnelle, en raison des avantages qu’offre le secteur public. Dans le secteur privé, le harcèlement moral est souvent brutal, mais dure moins longtemps.

Dans l’ensemble des secteurs, on trouve trois types de harcèlement : d’abord ce qu’on appelle le harcèlement pervers qui est purement le plaisir de détruire ou de renforcer le sentiment de force et de pouvoir. Il y a aussi le harcèlement stratégique dans l’objectif de faire démissionner le salarié. Enfin, le harcèlement institutionnel, utilisé comme instrument de gestion du personnel.

Par quels moyens un employé peut-il surmonter l’impact de ce type de harcèlement ?

Il est important que le salarié qui souffre de sentiment de harcèlement évite de s’isoler du collectif. Il a besoin, malgré les difficultés, d’en parler à l’intérieur de l’entreprise, à savoir avec les collègues, l’encadrement, les ressources humaines, les médecins du travail et psychologues. Il est aussi important d’en parler à l’extérieur de l’entreprise, c’est-à-dire avec les amis du salarié par exemple. Il peut aussi chercher à se protéger en répercutant des éléments concrets : les mails, les notes, consignes contradictoires, propos dévalorisants, etc., afin de démontrer qu’il n’y ait pas d’interprétation face à des sentiments de persécution.

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