Youness Fejlaoui : Le savoir seul ne suffit pas

Youness Fejlaoui : Le savoir seul ne suffit pas

ALM – Nous reprochons, à tort ou à raison, à nos systèmes éducatifs la faiblesse de leur côté pratique car ils maintiennent souvent l’étudiant confiné dans des théories à ne pas en finir. Quel impact cela pourrait-il avoir sur le marché du travail ? 

Youness Fejlaoui : Dans les sciences sociales en général, une théorie a toujours ses limites, ses conditions de test dans lesquelles elle a pris forme. Elle est d’ailleurs souvent difficilement généralisable, ce qui limite son apport et par conséquent sa pertinence. Dans les sciences de gestion plus particulièrement, une théorie est un outil d’aide à la gestion. Il faut la placer dans un contexte «empirique» et «pratique» sinon elle perdra de son utilité. En maintenant l’étudiant dans cette configuration alimentée principalement de théories, nous nous trouverons en fin de compte, sur le marché du travail, face à des compétences «théoriques», en décalage avec la réalité et ne répondant pas aux attentes des entreprises. Des entreprises qui cherchent avant tout des diplômés opérationnels, qui connaissent l’entreprise, ses rouages, son fonctionnement et qui sachent prendre des risques et des bonnes décisions au bon moment. Dans d’autres systèmes éducatifs, l’enseignant a souvent un «pied» dans l’entreprise, et ce grâce à des partenariats la liant à son université. Il exerce alors son métier de consultant, ce qui lui permet de conjuguer pratique et théorie. Dans ces systèmes, l’enseignant a un double profil, celui d’un académicien, mais aussi d’un praticien. Comment voulez-vous qu’un enseignant en sociologie de travail, à titre d’exemple, puisse avoir un discours «crédible» partant uniquement des différentes théories qu’il peut enseigner sans être en contact avec l’entreprise et ce monde de travail qui fait d’ailleurs l’objet de ces théories ? Rien ne vaut l’expérience in situ, peu importe le bagage théorique qu’un enseignant peut transporter et transmettre.

 

Pensez-vous que le savoir-faire, sur le tas, manque aux jeunes profils marocains? Si oui, que devrait-il être fait pour redresser cette situation?

Il est urgent aujourd’hui pour les universités et les entreprises de mettre en place des partenariats stratégiques dans lesquels les deux parties seront gagnantes. Dans ce partenariat l’université apportera sa rigueur scientifique, ses acquis théoriques, etc. Elle bénéficiera en échange de toutes les connaissances pratiques de l’entreprise, de son fonctionnement et orienter de façon efficace l’enseignement pour appréhender et anticiper les besoins du marché du travail. Ce partenariat permettra aux deux entités un enchérissement réciproque. La plupart de nos jeunes diplômés marocains n’ont pas un projet professionnel clair. Il faut qu’ils sachent que le savoir ne suffit pas, le savoir-faire s’acquiert, quant à lui, avec la pratique. C’est ici que l’on peut trouver le rôle extraordinaire que peuvent jouer les stages, les contrats d’apprentissage, les pépinières d’entreprise, etc. Les universités et les entreprises doivent travailler en étroite collaboration pour que les futurs diplômés soient prêts pour le marché du travail. 

 

En tant que professeur à l’Université internationale de Casablanca, et entrepreneur, quelles sont les activités et méthodes que vous adoptez afin de préparer vos étudiants à affronter le marché du travail?

En tant qu’enseignant-chercheur, j’apporte avec moi en toute évidence mes connaissances théoriques. Cette boîte à outils indispensables pour la compréhension des phénomènes en sciences de gestion. Mes étudiants savent d’ailleurs très bien que je n’invente rien. Mes quelques modestes recherches scientifiques viennent alimenter et enrichir ce bagage. De cas pratiques inspirées de mon vécu d’entrepreneur viennent illustrer ces théories ainsi que des travaux en groupes mettant les étudiants dans des situations de prise de décision leur permettant ainsi de développer leur sens de réflexion dans un contexte managérial. 

 

Qu’entretient l’UIC dans ce sens ?

Au sein de l’Université Internationale de Casablanca nous préparons des diplômés pour qu’ils puissent immédiatement être opérationnels sur le marché du travail. Nous avons organisé, entre autres activités, en partenariat avec l’Université internationale de Madrid, la première édition du concours «Marketing touristique», une expérience enrichissante pour nos étudiants sur tous les plans. Nous avons aussi organisé le «Challenge Business Plan», une compétition interne du réseau Lauréate ouverte aux étudiants porteurs de projets. Ce concours vise à stimuler l’esprit entrepreneurial et à encourager les projets innovants des futurs étudiants entrepreneurs de l’UIC. J’ai pu apporter mon expérience d’entrepreneur en encadrant, orientant et accompagnant les équipes participantes dans tout le processus de la mise en œuvre de l’idée, de la création de l’entreprise, à l’étude financière, en passant par l’étude marketing. Par ailleurs, dans le cadre d’une matière qui s’intitule «Projet personne et professionnel», mes étudiants ont été amenés à choisir le métier de leur «rêve», d’effectuer une recherche documentaire sur ce métier, qu’ils ont appuyée par une étude de terrain sous forme d’entretiens avec des responsables occupant ces métiers. Le but est de mieux connaître le métier de ses rêves ; explorer un débouché possible de la formation dont ils ne connaissaient pas grand-chose ; voir si le mode de vie associé à tel métier qui les intéresse leur correspond bien, etc. Une manière de les préparer au monde du travail. 

 

Vous avez conçu et développé le premier smartphone marocain, Saphir. Quelles ont-été vos motivations pour vous lancer dans un marché très concurrentiel ?

Saphir Concept ne joue pas sur le même terrain que les autres grandes marques présentes sur le marché. En lançant deux gammes de smartphones, l’Asteria et le Lixus, la marque a décidé de s’attaquer à une niche de clientèle ayant un faible revenu et cherchant des produits électroniques avec un rapport qualité-prix répondant à ses attentes. Ce créneau a été jusqu’à ce jour desservi par la concurrence. C’est d’ailleurs ce constat qui a constitué l’essence même de ce projet dont la philosophie est de démocratiser l’accès aux produits électroniques high-tech.

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