Jaâfar Khalid Naciri : «Il est impératif de créer de nouveaux sites universitaires à Casablanca»

Jaâfar Khalid Naciri : «Il est impératif de créer de nouveaux sites universitaires à Casablanca»

ALM :  Le CRES (Consortium de recherche et d’enseignement supérieur), basé à Casablanca, a décidé de consacrer une conférence, le 22 novembre courant, à la vocation universitaire de la ville. Pourquoi une telle thématique ?
Khalid Naciri : En ce début de 21ème siècle, le développement d’une ville ou d’une région devient fortement dépendant de la disponibilité de compétences de haut niveau et de ressources humaines qualifiées pour accompagner les entreprises et les différents secteurs socio-économiques. En effet, si durant le siècle dernier l’essor  d’une ville dépendait essentiellement des infrastructures et du coût de la  main-d’œuvre, il devient insuffisant de disposer de tels atouts et il est nécessaire aujourd’hui de disposer de ressources humaines hautement qualifiées en mesure de contribuer, dans un monde désormais de plus en plus globalisé, à relever les multiples défis auxquels est confrontée l’entreprise et toute autre organisation souhaitant proposer des produits et des services compétitifs au plan international. C’est cette problématique qui interpelle désormais  la région du Grand Casablanca, appelée à renouveler ses approches et son modèle de développement en intégrant de plain-pied la nouvelle économie, basée de plus en plus sur le savoir et la maîtrise des connaissances. Confronté à ces nouveaux enjeux, le monde de l’enseignement supérieur s’interroge sur les évolutions et les mutations qu’il doit connaître, et sur les changements qu’il doit introduire pour continuer à pourvoir Casablanca en cadres et en compétences. Il est naturel que la métropole casablancaise, poumon économique et industriel du Royaume, soit parmi les régions les plus sensibles à cette problématique et c’est tout naturellement que le CRES, consortium regroupant l’Université Hassan II de Casablanca et des établissements d’enseignement supérieur privé, organise une conférence consacrée à cette thématique.

Dans certains pays, la présence d’universités est un moteur pour l’économie. En France, aux USA et en Grande-Bretagne, entre autres, des villes entières sont axées sur l’université. Peut-on imaginer aujourd’hui faire la même chose en créant à la périphérie de Casablanca, par exemple, une sorte de ville universitaire?
La présence d’une université dans un espace donné est, dans toutes les régions du monde, un vecteur de développement, non seulement en formant des compétences, mais aussi de par sa seule présence. En effet, une université réunit généralement des milliers de jeunes étudiants qu’il faut loger, nourrir, transporter et qui constitue autant de consommateurs ainsi que des professeurs et des cadres. De manière directe et indirecte, l’université crée dans la région où elle se situe de nombreux emplois et contribue fortement  au développement économique de cette région. Cet aspect a été analysé par certaines collectivités locales, notamment en France où une étude détaillée a permis de quantifier l’impact de l’Université de Strasbourg en France sur le développement de sa région. Il en est de même dans tous les pays. Pour Casablanca, il est connu que le nombre d’étudiants va augmenter de manière importante pour atteindre environ 200.000 en 2020 pour l’ensemble du dispositif universitaire de la région. Dans ce sens, de nouveaux sites universitaires doivent, nécessairement, être créés pour accompagner ces évolutions. Quelles sont les formes que devront prendre ces nouveaux sites, dans quelles orientations il conviendrait de les inscrire,  quelles sont les possibilités qu’il conviendrait d’explorer, ce sont justement ces questions  qui seront débattues lors de la conférence qu’organise le CRES le jeudi 22 novembre 2012 et qui est consacrée à la thématique «Casablanca ville universitaire»

Dans les villes universitaires, il y a un grand besoin d’infrastructures, notamment le transport en commun vital pour les étudiants. Aujourd’hui, on le sait, le transport en commun est une des grandes faiblesses de Casablanca. Comment peut-on y remédier à votre avis ?
Cela est exact, le transport  est un problème récurrent auquel sont confrontés les étudiants de Casablanca. Il faudrait souligner aussi que ce problème ne concerne pas seulement les étudiants mais également l’ensemble des Casablancais pour lesquels les transports en commun ainsi que les autres types de transport constituent, à des degrés divers, une difficulté quotidienne consommatrice d’énergie, de temps et de ressources.  Ces difficultés rencontrées pour les transports ne sont pas spécifiques à Casablanca mais concernent l’ensemble des grandes métropoles à travers la planète. Ce qui est cependant particulier à Casablanca c’est un certain retard pris en matière de transport en commun, avec peut-être une gestion qui n’a pas pris suffisamment à temps la mesure de l’ampleur de cette question et introduit les réformes et  les actions nécessaires pour traiter cette question.  Cependant, le lancement du tramway de Casablanca va certainement améliorer la mobilité des étudiants, notamment ceux du campus de la Route d’El Jadida pour lesquels la proximité du tramway apportera plus de facilité pour leurs déplacements et leur permettra une meilleure mobilité à l’intérieur de Casablanca.

Le consortium a vu le jour il n’y a pas très longtemps. Quelles sont les motivations qui ont présidé à sa création ?
La réponse est relativement simple, aux côtés des universités il existe plusieurs établissements d’enseignement supérieur à Casablanca dont certains sont de qualité et œuvrent utilement pour la formation de compétences dans la région du Grand Casablanca. Dans ce cadre, deux possibilités s’offrent à ces différentes institutions, soit continuer à s’ignorer sous des prétextes divers et chacun agit seul,  soit dépasser leurs différences et faire de leur diversité un atout  pour œuvrer ensemble au développement de l’enseignement supérieur dans la région en mutualisant des ressources et des compétences dans cet objectif. C’est ce second choix qui a été fait avec la création du CRES, dont l’une des retombées est justement l’organisation en commun de conférences et de rencontres pour lesquelles l’intérêt est partagé. Il s’agit simplement d’une évolution vers plus de maturité dans les relations entre les différents acteurs de l’enseignement supérieur au niveau du Grand Casablanca.   

Un bilan déjà de vos premières activités…
Les activités du CRES sont en phase de lancement, le CRES  est de création récente, cependant un ensemble d’actions sont déjà a mettre à son crédit. En effet, le CRES a permis le lancement d’un diplôme d’université en matière de pédagogie universitaire. Ce DU de pédagogie permet aux enseignants de renforcer leurs compétences en matière de pédagogie et il forme cette année sa seconde promotion. Le CRES a par ailleurs organisé  une importante rencontre le 14 juin 2012 sous le thème Casablanca ville numérique. La conférence du jeudi 22 novembre 2012, sous le thème «Casablanca ville universitaire», est la seconde du genre.
De manière plus générale, le CRES articule son plan d’action sur les deux axes principaux : mise en place d’activités de formation et de recherche d’intérêt commun et organisation d’activités scientifiques, technologiques, culturelles et sportives.

A terme, ce consortium est-il ouvert à d’autres établissements que ceux qui ont été à l’origine de sa création ?
La réponse est oui, le consortium est ouvert à tous les autres établissements à condition que la qualité de l’enseignement et de la recherche dans ces établissements soit reconnue et que, par ailleurs, ces établissements aient la volonté de collaborer avec les membres du consortium pour mutualiser nos efforts en faveur de l’enseignement supérieur et de la recherche dans la région.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *