Mohamed Amine Sbihi : Le travail sur la filière au lieu des actions ponctuelles

Mohamed Amine Sbihi : Le travail sur la filière au lieu des actions ponctuelles

ALM : La mondialisation veut que la culture se réapproprie l’identitaire. Comment concilier diversité culturelle et identité nationale unique ?
Amine Sbihi : Les enseignements de l’Histoire sont clairs : le Maroc a toujours été une terre de rencontre. L’un des principaux traits de la personnalité des Marocains est d’être ouverts sur les cultures qui se présentent à eux, de s’en approprier la substance en la marquant du sceau de leurs propres attentes. Fort de cette leçon d’histoire, il n’y a donc, a priori, aucune appréhension à nourrir en ce qui concerne la prétendue standardisation des modes de pensée et de comportements véhiculés par la mondialisation. Nous nous enorgueillissons de notre identité composite en ce qu’elle fait notre spécificité et notre richesse. Mais en même temps nous condamnons le communautarisme. Si elle provient de diverses sources – amazighe, arabo-islamique, africaine, judéo-marocaine…- l’identité nationale verse en effet dans un sens unique : le même pour nous tous.

Peut-on considérer que le budget alloué à la culture est suffisant à la tâche qui est la sienne ?
La dotation qui va au ministère représente bon an mal an environ 0,35% du budget général de l’Etat. En chiffres absolus, cela donne 620 millions de dirhams. De toute manière et en règle générale, la culture est l’activité la moins bien nantie en termes de budget dans le monde. Cela varie entre 0,30 et 1%. Pas plus.

Où en êtes-vous dans votre plan d’action, vous qui avouez de grandes ambitions pour remettre à flot le culturel ?
Vous vous doutez bien qu’avec des moyens aussi modestes, nous étions dans l’obligation d’utiliser une approche qui assure la meilleure efficacité à coût de revient le moins onéreux, voire le plus bas. Notre premier pas sur cette voie a été de tourner définitivement la page des solutions de replâtrage. Nous avons constaté que la technique des aides ponctuelles n’a pratiquement pas d’impact sur le ressenti du public, lequel est, en définitive, le principal intéressé dans cette affaire. Donnons-nous un exemple. Le ministère donne des subsides à des troupes de théâtre qui pour honorer leur contrat produisent des pièces qu’elles donnent à droite et à gauche. Par acquit de conscience, pour ainsi dire. Où sont le public et l’amour du théâtre dans tout cela ?  Personnellement, je ne crois pas que ce soit le meilleur moyen de nous faire aimer l’art.

Et cette méthode, c’est quoi au juste ? Qu’est-ce qui fait son originalité ?
Je crois que son principal apport est de ne pas porter sur un stade de la production artistique en particulier, mais d’englober le procès en entier dans le cadre de politiques sectorielles marquées par la redevabilité, la participation et le travail intégré. Pour le livre par exemple, cela implique qu’on se préoccupe des conditions de la créativité et de la situation de l’auteur, de l’édition, de la distribution, de l’éducation à la lecture, des bibliothèques et des points de lecture… Une telle tâche pour être efficace se doit d’être participative et c’est ce qui explique que le ministère de la culture l’entreprend avec l’aide du ministère de l’intérieur, le soutien du ministère de l’éducation nationale, des collectivités territoriales, du secteur privé et des associations… Cinq grands axes ont été tracés à cette politique : la proximité, le soutien à la création, la revalorisation du patrimoine, la redynamisation de la diplomatie culturelle et la gouvernance. Avec cette remarque que la moitié du budget de l’année dernière a été consacrée aux actions de proximité et 15% à la sauvegarde du patrimoine.

Le Salon international du livre vient de s’ouvrir à Casablanca, hormis son aspect «grand-kermesse», que faut-il en attendre ?
C’est un moment fort de l’action culturelle. Les chiffres sont là qui le disent : assuré de la participation d’une quarantaine de pays, de centaines de maisons d’édition et de quelques-uns des grands noms de la création littéraire du Maroc et de l’étranger, c’est assurément un bon millésime. Et pas seulement au niveau de la promotion de la création qui comme chacun sait est aussi un produit marchand. Sur le plan du débat et de l’échange également, l’apport du SIEL est exceptionnel. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’en consulter le programme : il est tout autant riche qu’éclectique.

Il n’empêche que cette création littéraire dont vous semblez avoir le plus grand souci est moribonde. Des écrivains qui ne trouvent pas éditeurs, des éditeurs qui appellent à l’aide, fiscale notamment… l’affaire ne prête pas matière à débat. Quelle solution à tout cela ?
Celle que j’ai énoncée tantôt : la démarche globale et participative. Agir sur toute la filière et avec l’aide de tiers. Vous me parlez d’encouragements fiscaux, je n’y vois pas d’inconvénients. Je compte tenir prochainement une réunion avec les éditeurs. S’ils souhaitent bénéficier d’encouragements fiscaux, nous en discuterons ainsi de la contrepartie et, nous nous mettrons d’accord sur une plate-forme que je plaiderai en Conseil de gouvernement. Mon plan d’action découlant directement des orientations du gouvernement, je ne vois pas pourquoi la démarche n’aboutirait pas.

Que pense le ministre de la culture de la polémique sur le Tifinagh ? L’emploi de l’alphabet arabe est-il plus indiqué dans la transcription de l’amazigh ?
Pour moi l’IRCAM qui a été en charge de cette question a dit son mot et l’affaire a donc été jugée. Alors faisons comme il a été convenu. De toute façon il sera toujours temps de faire machine arrière si le projet ne va pas dans le bon sens.

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