Alcool, drogue, sexe… et meurtre

Alcool, drogue, sexe… et meurtre

Chambre criminelle près la Cour d’appel de Casablanca. Exiguë, la salle d’audience est archicomble au point que plusieurs personnes sont restées à l’extérieur. Quelques affaires ont été ajournées par le président de la Cour avant d’ouvrir le dossier d’Abdellatif. Ce jeune homme, la trentaine, en pantalon bleu-jean et portant un tricot en laine blanc, s’est tenu debout au banc des accusés quand il a entendu son nom. Sur ordre du président, il avance vers le box. Son avocat, constitué dans le cadre de l’assistance judiciaire, s’est tenu à côté de lui, le dossier à la main.
«Tu es accusé d’homicide volontaire avec préméditation, débauche, aménagement d’un lieu de débauche…Qu’est-ce que tu en dis?», lui a demandé le président de la Cour.
Abdellatif a gardé le silence. Il n’a jamais imaginé devenir un jour meurtrier. L’alcool, la drogue et le sexe l’ont poussé sur la voie de la criminalité. Comment ?
Abdellatif est un jeune homme issu d’une famille pauvre de Casablanca. L’aîné d’une fratrie de six enfants, il a abandonné très tôt les bancs de l’école, trois ans après y avoir mis les pieds.
Pour apprendre un métier, son père l’a confié à un mécanicien. Une année plus tard, alors qu’il est à son treizième printemps, il lui a tourné le dos.
Ses parents l’ont encouragé à maintes reprises d’apprendre ce métier de mécanicien qui pourra l’aider à gagner dignement sa vie. Seulement, il ne les a pas écoutés. Il a passé toute une année en chômage à rôder dans les ruelles, à fumer les cigarettes et le haschich. Après, il a décidé de reprendre le travail de mécanicien. A son vingtième printemps, il est devenu un grand professionnel dans le métier.
Il a commencé effectivement à gagner de l’argent et à subvenir aux besoins de sa famille. Mais il n’a jamais abandonné le haschich. Il fumait quotidiennement au moins un joint. Certes, ses parents l’ont dissuadé de le faire. Mais en vain. Pire encore, il se soûle chaque soir. Parfois, il passait la nuit à l’extérieur.
Ni ses parents ni ses frères ne savaient qu’il avait loué avec des amis une chambre où ils se droguaient et s’enivraient en compagnie de filles de joie jusqu’au jour de son arrestation par la police. Qu’est-ce qui lui est arrivé ce jour là?
C’était un samedi. De coutume, il ne travaillait pas l’après-midi. Ce jour-là, il n’a pas contacté ses deux amis. Il a préféré rester seul. Il a déjeuné chez lui avant de se raser et de s’habiller. Après quoi, il est sorti. Il hèle un grand taxi pour arriver au centre-ville, puis il s’est attablé dans un café. Une demi-heure plus tard, une jeune fille l’a rejoint. Qui est-elle ? Elle s’appelle Samira, âgée de vingt-trois ans, fille de joie. Il a fait sa connaissance, il y a trois mois, dans un bar au centre-ville. Vers 17 h, ils sont rentrés dans un bar où ils ont bu quelques verres de bière. Une heure plus tard, ils sont sortis pour aller acheter du vin rouge et de la bière.
Un grand taxi les a emmenés jusqu’à la chambre qu’il loue avec ses deux amis. Personne n’y était. Quelques joints et verres alcoolisés étaient suffisants pour qu’ils perdent tout contrôle de leurs comportements.
Abdellatif a demandé à Samira de coucher une deuxième fois avec lui. Elle l’a sollicité de lui donner trois cents dirhams. Abdellatif a refusé. Et Samira s’est abstenu de coucher avec lui pour la seconde fois. Ce qui l’a rendu fou.
Il se jette sur elle. Il voulait la violer. Mais en vain. Au moment de la dispute, Abdellatif a tenu avec force son cou par ses deux mains jusqu’elle a rendu l’âme. «Je voulais uniquement l’immobilisé pour coucher avec elle et non pas la tuer», a-t-il précisé à la Cour. Le représentant du ministère public qui a pris le premier la parole a requis une peine maximale. L’avocat de la défense a demandé à la Cour de le bénéficier des circonstances atténuantes. Après les délibérations, la Cour l’a condamné à 20 ans de réclusion criminelle.

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