Amour, doute et meurtre

Amour, doute et meurtre

C’était en 1994, au Moussem Sidi Brahim Boulaâjoul, à Salé, que Souâd et Ahmed se sont rencontrés pour la première fois. Elle avait dix-neuf ans et il en avait vingt-quatre. C’était le coup de foudre !
Ils croyaient dur comme fer que le destin a arrangé leur rencontre pour s’unir.
Quelques mois plus tard, Ahmed, jardinier de son état, demande la main de sa dulcinée, Souâd. Il s’est présenté à sa famille, habitant au douar Ânk Jmel (cou de chameau), à Hssayne, pour convoler en justes noces. Le couple se marie et habite dans une baraque au bidonville Maâmora. Deux ans après leur union, plus précisément en 1996, leur foyer a été égayé d’un premier enfant, auquel ils ont choisi le prénom de Mohamed. Une naissance qui a ravivé leur amour.
Quatre ans plus tard, la petite famille s’agrandit et Souâd donne naissance à un second enfant, Al Mahdi. Cependant, les problèmes conjugaux ne tardent pas à se manifester. Les disputes cèdent parfois la place à la violence. Souâd ne supportant plus l’agressivité de son mari, se réfugiait de temps en temps chez ses parents au bidonville Ânk Jmel. Ahmed, toxicomane et fumeur de kif, est aussi un assidu à la prière. 
Au fil des années, leur relation conjugale a commencé à se détériorer.
Malentendus, accrochages…leur vie est devenue un véritable enfer.
En 2002, l’enfant aîné, Mohamed, part déjà à l’école et le second, Al Mahdi, est à son deuxième printemps. Et les problèmes ne cessent de se multiplier. Pire encore, Ahmed a menacé sa femme de la tuer.
Quel genre de problème peut pousser un mari de menacer son épouse de mort ? Craignant que ses jours ne soient en danger, Souâd a recouru à la justice. Elle a porté plainte contre son mari pour menace de mort. Une plainte qui a été classée par le procureur du Roi près le tribunal de première instance de Salé après la signature d’un engagement par le mari de ne pas lui faire de mal.
Le couple vit de nouveau en paix. Un troisième enfant, Thami, vient au monde en fin 2005.  Cependant, cette période d’entente n’a pas duré longtemps. Et les prises de bec éclatent de nouveau entre Ahmed et Souâd. Et ils ont atteint leurs apogées quand elle est tombée enceinte pour la quatrième fois, en décembre 2006. Pour quelles raisons? Jeudi 22 février 2007, Souâd en compagnie de ses trois enfants s’est réfugiées au foyer parental.
Elle a expliqué à ses parents et à ses frères que son mari ne voulait pas qu’elle soit enceinte. La jeune femme désirait avoir une fille. Elle leur a affirmé qu’il lui a demandé d’avorter. Souâd était catégorique : elle refuse de tuer son enfant. Cinq jours plus tard, le lundi 26 février, Ahmed l’a rejointe pour lui demander de l’accompagner chez un gynécologue. «Étrange demande !» a-t-elle remarqué.
Avait-il changé sa position à propos de sa grossesse ? Elle n’avait pas eu de réponse convaincante. Le gynéco lui annonce une bonne nouvelle : elle est enceinte d’une fille. Contrairement à son mari, elle était très gaie. Souâd est retournée au foyer paternel alors que son mari est parti chez lui. Dimanche 4 mars, il l’a rejointe. Devant sa belle-famille, il l’a suppliée de retourner au foyer conjugal, tout en lui promettant monts et merveilles. Certes, elle ne l’a pas cru et s’est abstenue. Son frère aîné l’a suppliée d’oublier le passé et de tourner la page. Ainsi, Souâd a décidé de l’accompagner. C’était 16 h 10. Ahmed a fait la prière d’Al-Âsr. Après quoi, il emmène sa femme et ses trois enfants à sa baraque à Maâmora. Le soir, ils dînent en famille. Après quoi, chacun regagne sa chambre.
Mohamed qui est à son dixième printemps et son frère, Al Mahdi, de six ans, dorment dans une chambre commune. Alors que Thami, âgé d’un an, passe la nuit avec ses parents.
Soudain, une conversation s’est engagée entre les deux époux. Sur quoi ? Ahmed ne se souvient pas. Soudain, il s’est transformé en un monstre. Il a étouffé Souâd avec ses deux mains au point qu’elle a perdu connaissance. Puis, il a saisi un grand couteau et l’a égorgée avant de l’éventrer.
Lundi 5 mars, très tôt, Ahmed est sorti pour frapper à la porte de la baraque de son frère qui demeure près de chez lui. Il lui a demandé de l’aider à trouver sa femme disparue. Sans hésitation, il le suit.
En chemin, Ahmed a remarqué un policier. Il s’est adressé à lui et lui a craché le morceau : «J’ai égorgé ma femme». Son frère est resté bouche-bée. Il ne savait quoi faire.
La police judiciaire a été alertée et s’est dépêchée sur le lieu du crime. Elle a effectivement découvert la femme gisant dans une mare de sang, son petit enfant à côté de son cadavre et ses deux autres enfants dans l’autre chambre. Pourquoi l’a-t-il tuée ? «Elle avait une relation amoureuse avec le jeune que ses parents avaient adopté il y a une quinzaine d’années», a-t-il affirmé aux enquêteurs pour justifier son crime. Dit-il vrai ? Le jeune de dix-huit ans a été arrêté. Il a nié avoir une relation avec Souâd, qu’il considère comme sa sœur. Le jeune enfant adoptif a été relâché et Ahmed a été traduit devant le juge d’instruction près la Cour d’appel de Salé.

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