Casablanca : Viol, vol et recel

Casablanca : Viol, vol et recel

Ils sont sept jeunes. À leur âge, les uns devraient être sur les bancs des lycées ou des universités et les autres devraient être fonctionnaires ou employés dans des bureaux ou des entreprises. Malheureusement les voilà, ce jour du mois de novembre, en état d’arrestation devant la chambre criminelle près la Cour d’appel de Casablanca.
Ils sont tous poursuivis pour constitution d’une association de malfaiteurs mais le Parquet général a ajouté viol et vols qualifiés pour l’un d’entre eux, vols qualifiés avec récidive pour trois membres du groupe, complicité pour un seul mis en cause et recel pour les deux restants.
«Es-tu le chef de la bande ?», demande le président de la Cour à Saïd qui semble le plus expérimenté. Ce repris de justice, âgé de vingt-huit ans, qui a déjà purgé une première peine d’emprisonnement de huit mois ferme pour vol simple et une deuxième de deux ans pour vol qualifié, ne semble pas avoir l’intention de renoncer à la criminalité. Au contraire, il semble chercher à s’y perfectionner : vol simple, vol qualifié et cette fois le viol. Saïd, issu du quartier Moulay Rachid, l’un des quartiers des plus défavorisés de la capitale économique, s’est trouvé confronté aux obstacles qui empêchent trop de jeunes de se maintenir à l’école. Il a donc abandonné au primaire, puis s’est engagé sur le chemin de la délinquance, tellement ce chemin-là peut paraître plus facile que les autres… Le cycle des mauvaises fréquentations venait de commencer pour lui. Il est encouragé à fumer sa première cigarette, puis son premier joint, puis à ingurgiter sa première bouteille de vin rouge, à avaler son premier comprimé psychotrope et à commettre enfin sa première agression, son premier vol. C’est ainsi que tout cela devient routinier. Même la prison et ses gardiens qui ne sont jamais loin.
Quand il a été relâché la dernière fois, il y a plus de dix-huit mois, il a rejoint ses amis pour reprendre les agressions contre les passants. De coutume, il n’agissait jamais seul. Il commettait ses crimes avec la connivence de ses complices. Seulement, la dernière fois, avant son arrestation, il était seul quand il a croisé une jeune fille, âgée de vingt et un ans, qui était de retour de son travail à destination de chez elle. Il était 19 h passées, un peu tard pour un quartier aussi chaud que Moulay Rachid. Saïd vient d’avaler ce que les initiés connaissent sous le nom de « Samta d’Al Âoud Labied », qui désigne une bande de dix comprimés psychotropes. Il a l’intention de rejoindre ses amis pour préparer des agressions. C’est là qu’il remarque la jeune fille. Il décide de passer à l’action : un gibier pareil, ça ne se néglige pas…
Brandissant son couteau sous le nez de la malheureuse, Saïd l’oblige à lui remettre tous ce qu’elle porte sur elle : la somme de soixante dirhams et un téléphone cellulaire. C’est alors que Said remarque que la rue est déserte, personne pour se rendre compte de leur présence. L’idée du viol jaillit aussitôt dans son esprit. Il traîne la fille vers un coin obscur, abuse d’elle sauvagement avant de s’enfuir.
Saisie par une plainte, la police déploiera aussitôt tous ses efforts pour mettre le violeur hors d’état de nuire. Arrêté quelques jours plus tard, Saïd dénonce ses quatre complices. Ces derniers avouent avoir participé avec Saïd à plusieurs agressions contre des personnes. Ils n’épargnaient ni les femmes ni les enfants. Deux d’entre eux ont reconnu avoir agressé une enfant d’une dizaine d’années qui portait des espadrilles de quantité : ils les lui ont ôtés avant de l’abandonner pieds nus. Les mis en cause agissaient toujours sous l’effet de comprimés psychotropes et à l’aide d’armes blanches. Ils s’emparaient de tout ce qu’ils trouvaient chez leurs victimes : argent, téléphones cellulaires, bijoux en or et tous autres objets précieux. Si une victime osait résister, ces bandits n’hésitaient pas à faire usage de leurs armes.
Le butin était confié à des receleurs, qui ont été également arrêtés. Seulement, ils ont tous nié les charges consignées par la police. Saïd tentera lui aussi de nier l’évidence, notamment en refusant de reconnaître ses complices. Son avocat ira d’ailleurs jusqu’à demander acquittement en affirmant que son client avait renoncé au crime depuis des années mais que régulièrement ses ennemis cherchent à le mouiller dans une affaire pour se venger de lui.
Une vengeance motivée par quelles raisons ? L’avocat n’a pas donné d’explications. La Cour va donc pencher du côté du ministère public qui a requis une lourde peine contre les mis en cause, en les jugeant tous coupables. Saïd a été condamné à huit ans de réclusion criminelle, trois de ses complices à trois ans de prison ferme et un seul à un an de prison ferme. Quant aux deux receleurs, ils ont écopé de trois mois de prison avec sursis. Rien ne consolera jamais la jeune fille victime de Saïd d’avoir été violée mais elle aura involontairement contribué à mettre hors d’état de nuire un dangereux gang armé.

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