De la prostitution au charlatanisme

Chambre correctionnelle près le tribunal de première instance de Casablanca. Ce lundi 9 juillet, Rachida, 51ans, se tient aux box des accusés. Elle est poursuivie pour escroquerie et charlatanisme. Mais qui est Rachida ?
C’est dans la région de Ben Guerir que Rachida a vu le jour en 1956. Issue d’une famille pauvre qui gagnait sa vie grâce à l’élevage de caprins, elle n’a jamais mis les pieds à l’école. À l’instar des enfants de son âge, elle n’a jamais vraiment profité de son enfance. Au contraire, elle a commencé tôt, à son 6e printemps, à aider sa famille. En 1962, elle a été confiée à une famille à Ben Guerir pour qu’elle travaille comme une bonne à tout faire. Seul son père lui rendait visite à la fin du mois pour empocher le salaire qu’elle gagnait. Cinq années plus tard, ses employeurs ont déménagé à Tanger.
Rachida ne les a pas accompagnés. Elle a été remise par son père à une autre famille demeurant à Casablanca.
En 1970, la famille de Rachida a décidé de tourner définitivement le dos à la campagne et abandonné l’élevage des caprins. Destination ? Casablanca. Elle a occupé une baraque dans l’un des Carrières de Hay Mohammadi. Une année plus tard, le père est décédé suite à un accident de la circulation. Après quatre mois et dix jours, exactement, la période de deuil pour une veuve musulmane, la mère de Rachida, belle et encore jeune, a décidé de trouver un emploi. Les quelques dirhams que rapportaient ses enfants, chaque fin de semaine ou de mois, ne suffisaient plus à garantir leurs besoins. La mère s’est ainsi retrouvée dans le gouffre de la prostitution.
Rachida, à peine 16 ans, s’est rendu compte du changement qui a touché les comportements, la tenue et le maquillage de sa mère. Elle a même fini par savoir que sa mère était devenue une prostitué. Un monde qui lui a rapporté beaucoup d’argent au point qu’elle est arrivée à payer une avance 80 mille dirhams pour un appartement obtenu dans le cadre de recasement des bidonvilles. À ses 18 ans, Rachida a rejoint le monde de sa mère. D’un client à l’autre, elle amassait de l’argent. Elle rêvait d’avoir un appartement.
En 1994, après avoir rendu visite aux sanctuaires Moulay Bouchaïb et Lalla Aïcha Al Bahriya, à Azemmour, elle s’est penchée vers le charlatanisme qui, pour elle, rapporte plus que la prostitution. Depuis, elle a décidé de changer de cap : de la prostitution au charlatanisme. D’une fille de joie à L’hajja Rachida qui peut rendre tout le monde heureux en lui prédisant le plus beau des avenirs.
Des milliers de dirhams qu’elle a pu récoltés rapidement, elle s’est acheté un appartement jouxtant celui de sa mère, un lot de terrain et deux voitures. La dernière fois, Rachida a conseillé à un couple de profiter de leur signe astrologique : «Il va vous aider à avoir un bon avenir ailleurs qu’au Maroc». Quoi ? «Je peux vous aider à être parmi les sélectionnés à obtenir la Green Card pour aller aux USA», leur a-t-elle même assuré. Elle leur a proposé de déposer une demande d’immigration aux USA. Contrepartie ? 37.000 dirhams.
Le couple a entrepris toutes les démarches administratives, sans être sélectionné parmi les candidats de la loterie pour l’obtention de la Green Card. Il a demandé, aussitôt, à Rachida de lui rendre l’argent. Mais elle a refusé poussant ainsi le couple à déposer plainte.
Rachida a nié devant la police et au tribunal d’avoir escroqué le couple.
Le tribunal l’a condamnée à trois ans de prison ferme assortie d’une amende de 1.000 dirhams, à des dommages et intérêts de l’ordre de 10.000 dirhams et la restitution au couple de la somme de 37.000 dirhams.

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