De l’enfer de l’abandon à celui du viol collectif

De l’enfer de l’abandon à celui du viol collectif

«Nadia, tu dois gagner ta vie…J’ai un copain, serveur dans un café, à Sidi Bennour, il peut t’aider»
C’était un conseil d’une amie à Nadia qui semble être déboussolée. Un enfant d’un an entre ses mains, elle ne savait à quel saint se vouer. C’était difficile de quitter son douar à Ben Guerir, mais elle n’avait plus le choix, semble-t-il. D’abord, elle n’a jamais choisi quoi que ce soit dans sa vie, au point qu’elle n’arrive pas, à son vingt-septième printemps, à saisir le sens de cette notion. Une notion que le temps, la brutalité et la cruauté de la vie et des hommes ont gommé de son esprit. Elle n’a jamais choisi de naître à Ben Guerir, à quelques kilomètres du nord de Marrakech, dans une famille de cinq frères et quatre sœurs. Elle n’a jamais choisi de rester analphabète. Elle ne s’est jamais prononcée sur son mariage, à l’âge de vingt-trois ans, avec une personne qu’elle ne connaissait pas, ni sur sa grossesse, ni sur sa répudiation deux ans plus tard. Elle n’a pas choisi d’être indésirable chez ses parents après le divorce et d’être abandonnée à son triste sort. Sans trop penser, elle a décidé d’appliquer le conseil de son amie et de tenter sa chance ailleurs, loin de sa famille. Elle a atterri à Sidi Bennour et a rencontré le serveur de café que lui avait conseillé son amie. Il lui a donné effectivement un coup de main. Au fil des jours, Nadia se familiarisait avec son nouvel environnement. Elle a occupé un cagibi. Elle laissait son enfant chez une voisine et passait la journée aux champs. Ses rencontres se limitaient à celles des femmes aux champs, à quelques voisins du douar et à l’épicier du coin. Les champs constituaient d’ailleurs son seul espace de liberté, où en levant les yeux au ciel et en sentant les odeurs de la terre, elle pouvait se laisser aller à rêver de meilleures conditions. Dernièrement, un peu après 21 h, Nadia est sortie de son cagibi, y a laissé son enfant, s’est rendue chez l’épicier, à une centaine de mètres, a acheté du détergent et s’est retournée chez elle. À mi-chemin, elle a commencé à trembler. Quelqu’un s’est approché d’elle. C’est Farid, un jeune chômeur de vingt-six ans, qui passait son temps à vagabonder au centre du village, à se débrouiller pour avoir de l’argent et recourait le soir à son coin habituel, près d’un champ. Sans crier gare, il l’a saisie par sa djellaba. Elle hurlait. Personne ne l’écoutait. Farid lui a asséné des coups de poings. Elle est tombée. Il lui a cogné la tête par terre. Elle a perdu connaissance. Il l’a traînée jusqu’à son coin. Là, son ami Saïd l’entendait, des bouteilles de l’eau-de-vie et deux verres posés à même la terre. Tous les deux l’ont violée sauvagement à tour de rôle, en lui faisant même subir des outrages contre-nature. Une fois leur faim sexuelle a été assouvie, les deux voyous la traînaient jusqu’à un champ mitoyen et l’ont abandonnée comme une charogne. Vers 4h du matin, elle a repris connaissance,est retournée chez elle dans un état lamentable, a trouvé son enfant endormi sans avoir rien mangé. Le lendemain matin, elle s’est adressée à la gendarmerie, a déposé plainte et a dénoncé Saïd qu’elle connaissait. L’arrestation de ce dernier a permis la mise hors d’état de nuire de Farid. Les deux voyous ont été condamnés à trois ans de prison ferme.

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