Dernier voyage à Marrakech

Dernier voyage à Marrakech

Samia qui a voyagé à la ville ocre pour passer quelques jours de vacances n’aurait jamais imaginé être à la salle d’audience, devant ses deux bourreaux, Abdellatif et Aziz.
De coutume, la chaleur dans la «perle du Sud» ne l’empêche pas d’y retourner chaque année. Comme pour tous les touristes de cette ville, Samia était toujours fascinée par la couleur ocre des maisons et attirée par son architecture, son agitation continue, de jour comme de nuit, sa grande place Jamaâ El Fna et ses souks bruyants.
Samia qui préférait voyager seule ne ratait aucune occasion pour se divertir et profiter de la beauté de la ville. Elle terminait souvent sa soirée en mangeant dans un restaurant de la ville situé à la rue Dar El Bacha. Quand elle finissait de dîner dans cette atmosphère empreinte de rythme gnawi, elle sortait pour prendre un taxi. Seulement, ce soir était assez exceptionnel. Elle avait décidé de marcher quelques pas.
Pourquoi ? Elle ne savait pas. Mais, c’était son choix. En marchant, elle a aperçu un homme d’une cinquantaine d’années, les cheveux noirs, une cigarette entre les doigts s’approchant au volant d’une voiture grise dont elle ignorait la marque. Il en est descendu et s’est dirigé vers elle. Il l’a abordée gentiment : «Je suis ingénieur et je veux juste vous déposer là où vous voulez. Vous savez, à Marrakech marcher la nuit seule est dangereux», lui dit-il. Dangereux ? En fait, elle ne s’est  jamais sentie être en danger dans cette ville. Cela fait plusieurs années qu’elle sortait seule sans que personne ne l’ait touchée. Elle savait qu’il n’avait l’intention que de la racoler. Au début, elle ne lui a pas répondu. Elle ne l’a même pas regardé. Ses mots mielleux ont fini par la pousser à parler. Elle échangeait la parole avec lui comme s’ils se connaissaient depuis belle lurette. Samia est montée dans la voiture. L’homme lui a demandé sa direction. «Je séjourne à l’hôtel Tazi», a-t-elle répondu.
À mi-chemin, il a changé de direction. Samia n’a rien compris. Elle l’a interrogé. Aucune réponse. Le quinquagénaire s’est arrêté dans un lieu obscur. Un jeune de vingt-cinq ans a ouvert la portière et est monté. 
Samia a tenté de se jeter au dehors. Le jeune homme l’a saisie par l’épaule. Elle s’est fondue en larmes et les a suppliés de la laisser descendre. Le jeune l’a giflée violemment. Le quinquagénaire a démarré à toute vitesse. Samia pleurait. La peur lui nouait le ventre. Tout d’un coup, le quinquagénaire a garé la voiture à six kilomètres du centre-ville. Samia ne cessait de pleurer. Menacée par un grand couteau, elle s’est dénudée.
Le quinquagénaire l’a violée en premier et a quitté la voiture. Le jeune est monté et a abusé d’elle. Satisfaits, ils l’ont traînée  dans un terrain vague et l’ont laissée. Désemparée, Samia ne savait quoi faire. Heureusement, des gendarmes l’ont remarquée et sont intervenus. Au commissariat, les enquêteurs n’ont pas perdu une seconde pour entamer les investigations. Ils sont arrivés à mettre la main sur le plus jeune des deux violeurs, Abdellatif, puis le quinquagénaire, Aziz. Il semble que ce dernier n’était pas ingénieur, mais un repris de justice et que la voiture n’est que le fruit d’un vol. Samia n’a jamais pu oublier ce qui lui est arrivé. La chambre criminelle près la Cour d’appel de la ville ocre a condamné les deux hommes à quatre ans de prison ferme. Retournera-t-elle un jour dans sa ville préférée ? Voyagera-t-elle seule une fois encore ? Montera- t-elle une fois encore avec des étrangers ? Certainement pas. La leçon qu’elle a apprise dépasse son imagination.

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