Dix mois de prison pour un fkih qui profitait des malheurs des autres

Nadia n’a jamais cru être répudiée. Elle croyait que sa vie conjugale était loin des ouragans. Malheureusement, elle a découvert enfin que ses croyances n’étaient que des hallucinations. Et que la réalité est une autre chose. La preuve est qu’à son cinquante-deuxième printemps, elle s’est retrouvée seule, divorcée, laissée à son propre sort et entre l’enclume de la souffrance et le marteau de son âge. Sa vie s’est perturbée et son état psychique s’est dégradé. Elle n’est pas restée les bras croisés. Elle a consulté plusieurs psychiatres pour avoir une paix intérieure. Mais, cela nécessitait un important budget dont elle ne disposait pas. C’est pourquoi, elle a cessé d’y aller. «C’est de la sorcellerie… Tu es divorcée alors que tu étais en parfaite harmonie avec ton époux et tu as maigri au point que tu n’es devenue qu’un fantôme», lui a dit son amie qui lui a proposé d’aller voir un fkih. En fait, Nadia ne savait pas à quel saint se vouer. Aux psychiatres ou aux charlatans? Certainement, elle croyait en la science. Mais, lors des moments de faiblesse, n’importe qui peut emprunter le chemin qui s’oppose à ses principes et à ses idées. C’est au quartier Aïn Chock à Casablanca que Nadia a accompagné son amie. Elles sont entrées au rez-de-chaussée d’un domicile. Un homme, quadragénaire, les a accueillies chaleureusement. Il les a conduites dans une chambre plus ou moins obscure, meublée d’une petite table sur laquelle sont placés des livres décrépis, un brasero, des amulettes et un agenda où sont inscrites les adresses des clients. Sans tarder, le fkih a commencé à psalmodier une prière. Nadia le regardait sans dire le moindre mot. Son amie est intervenue pour expliquer au fkih que Nadia semble être ensorcelée. Le fkih Saleh, marié et père de trois enfants, lui a expliqué qu’elle est possédée par un «djinn» lorsqu’elle a été ensorcelée par sa belle-sœur et qu’elle devait assistée à plusieurs séances. Et la solution? Appliquer les conseils du fkih à la lettre tout en étant généreuse. Une séance qui lui a coûté deux cents dirhams. Deux jours plus tard, Nadia y est retournée, seule cette fois-ci. Elle s’est assise juste à côté du fkih, Saleh a mis sa main sur sa tête tout en récitant des versets du Coran et des mots qu’elle ne comprenait pas. A la fin de la séance, il lui a expliqué qu’elle est possédée par un grand djinn qui l’aime et qui est le responsable de sa stérilité et de sa répudiation. Il lui a affirmé qu’il ne la quittera jamais si elle ne fait pas des offrandes. La somme était cette fois-ci de six mille dirhams. Elle s’est rendue chez lui pour la troisième fois. Il lui a affirmé qu’il a commencé à discuter avec le djinn qui semble être très accroché à elle. Nadia croyait à ses paroles au point qu’elle a commencé à lui remettre des sommes dépassant celles qu’elle versait aux psychiatres. Dix mille dirhams, puis deux mille…, etc. Et à chaque fois, le fkih lui promettait de la libérer de son mauvais sort. Pour cela, elle devait passer des nuits dans une grotte éloignée de la région de Casablanca, lui a-t-il précisé. Il a fallu attendre quelques mois pour que Nadia se réveille de son profond sommeil et se dirige au commissariat de police pour déposer plainte. Arrêté, il s’est avéré qu’il ne s’agit ni d’un fkih, ni d’un exorciste, mais uniquement d’un charlatan et escroc qui a usurpé une identité afin de mettre ses victimes dans ses filets. Il a été traduit devant la chambre correctionnelle près le tribunal de première instance de Casablanca. Et il a été condamné à dix mois de prison ferme.

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