Dupée par son prince charmant, elle se fait violer

«Pourquoi mon histoire d’amour a fini mal ?», se demande Nora qui s’assoit à côté de sa mère sur le siège réservé à l’assistance à la salle d’audience de la chambre criminelle près la Cour d’appel de Casablanca. Elle se souvient de tous ces moments qu’elle croyait tous roses. Elle se souvient de cet après-midi, il y a sept ou huit mois, quand elle venait de sortir de chez elle à destination de la société où elle est employée. Elle n’a jamais oublié cette voix douce qui lui chuchotait à l’oreille un salut pas comme les autres. « Je m’appelle Abdelmajid, je suis ravi de te parler ».
Lorsque Nora l’entendait, elle faisait semblant de l’ignorer. Elle ne jetait même pas un regard sur cet homme derrière elle. Elle poursuivait son chemin, la tête baissée. Le jeune homme l’a abandonnée et a emprunté le chemin opposé. Le lendemain, elle l’a croisé une fois encore au même endroit et au même moment et lui a chuchoté les mêmes mots. Armée de patience, elle continuait à maintenir le silence. A pas lents, Nora s’est enfin tournée vers lui pour le regarder.  Elle lui a souri comme pour lui dire : «me voilà, je t’écoute !».
C’est la première fois qu’il apprenait qu’elle s’appelait Nora. Elle, par contre, connaissait le sien : Abdelmajid. Pressée d’aller à son travail, elle ne lui a pas accordé beaucoup de temps. Elle a, toutefois, accepté de le rencontrer le soir après la sortie de son emploi. Le soir. Il l’attendait à quelques mètres de la société où elle travaillait. Vers18 h, dès sa sortie, elle le remarque de loin et lui sourit. Abdelmajid était plein de joie, il allait même sauter de bonheur comme un petit enfant qui venait de recevoir des bonbons. Motorisé, il lui a proposé prendre un café à Aïn Diab. Elle a gardé le silence. Mais, elle est tout de même montée dans  la voiture. Elle n’a pas dit de mot tout au long du chemin. Elle se contentait uniquement d’écouter. Il lui en a fait la remarque, d’ailleurs.
Mais, elle a continué à garder le silence sans cacher son sourire. Ils se sont attablés dans un café. Abdelmajid a continué à parler, à exprimer son amour pour elle dès qu’il l’a vue la première fois. Il lui a révélé son âge, 28 ans, son diplôme en gestion d’entreprise et son emploi en tant que gérant de tous les commerces de son père. Au fil des jours, la relation entre eux commençait à se développer, à se consolider, à devenir très forte. Du moins, c’est ce que Nora avait cru au point qu’elle ne compte plus le temps passé avec lui. Elle l’accompagnait même, de temps en temps, à son appartement au quartier Gauthier. Ils passaient de bons moments sans pour autant coucher ensemble.
A chaque fois, Abdelmajid n’hésitait pas à lui exprimer son amour et son rêve de se retrouver avec elle sous le même toit. Des paroles qui plongeaient Nora dans un océan de rêve. Quelle fille ne rêverait pas d’un beau jeune homme, instruit, élégant, généreux, sympa, disposant d’un petit appartement et d’une voiture, avec, en plus, des poches toujours pleines ?  Abdelmajid incarnait le prince charmant. Quelques mois plus tard, le couple s’est rencontré pour déjeuner dans un restaurant avant d’aller à l’appartement du quartier Gauthier. Le couple a passé quelques minutes sur le même lit.
Abdelmajid a mis en marche le lecteur DVD et un CD pour voir un film pornographique. Nora s’est abstenue et a tourné le dos. Abdelmajid a arrêté le DVD et est sorti de la chambre à coucher. Un moment plus tard, il est retourné avec deux verres de jus d’orange. Nora l’a bu rapidement comme si elle était assoiffée. Tout d’un coup, elle s’est plongée dans un sommeil profond. Quand elle s’est réveillée, il était déjà la fin de l’après-midi. Elle n’a pas cru avoir dormi durant trois heures. Et elle a senti une douleur dans sa partie intime. Qu’est-ce qui lui est arrivé ? Elle a remarqué quelques gouttes de sang sur le drap. C’est quoi ? Elle a réalisé très difficilement qu’elle a été dépucelée.
Abdelmajid lui aurait mis un somnifère dans le jus d’orange ? Peut-être. Mais il l’a nié devant la Cour. «C’est elle qui m’a demandé d’aller jusqu’au bout», a-t-il dit face à sa victime. Nora n’a pas nié l’avoir accompagné de son plein gré à maintes reprises à son appartement. «Mais, je ne lui ai jamais demandé de faire quoi que se soit», a-t-elle affirmé à voix basse devant la Cour. En fait, elle ne devait pas s’isoler avec lui. C’est sa seule faute qu’elle a payée chère. Abdelmajid a été condamné à deux ans de prison ferme. Bien que la Cour l’ait jugé coupable de viol, il a bénéficié de circonstances atténuantes. Et ce, parce qu’il ne l’a pas obligée à l’accompagner chez lui, ni de partager avec lui le même lit. L’enquête n’a révélé aucun indice prouvant l’avoir droguée par un somnifère. 

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