Il cause la mort de sa femme sans le vouloir

Meknès. L’hôpital Mohammed V reçoit, en ce jour de juin, une jeune femme. Avec une grave blessure au niveau de sa tête et une fracture de son crâne, son état est jugé critique. Qu’est-ce qui lui est arrivé pour être dans pareil état ? «Elle était tombée de la terrasse d’une maison située dans l’ancienne médina», affirme son mari, Jaouad, qui est resté à son chevet. S’agissait-il d’une chute accidentelle ou criminelle ? Peu importe pour le médecin qui se charge de son état à l’hôpital. Ce qui l’intéressait est qu’elle reste en vie et qu’elle se rétablisse le plus tôt possible. Seulement, malgré les efforts déployés pour sauver ses jours, le destin en a choisi autrement. Quarante-huit heures plus tard, elle a passé l’arme à gauche suite à une hémorragie cérébrale. À ce moment-là, le médecin-chef de l’hôpital se devait de réagir. Il devait alerter la police. Les éléments de la deuxième brigade de la police judiciaire de la capitale ismaélienne se dépêchent sur les lieux, effectuent un constat d’usage sur le corps de la défunte et notent quelques informations rapportées par le médecin. À défaut d’informations susceptibles de leur permettre d’arriver à une conclusion finale, ils sont obligés de se rendre au lieu de la chute de la victime. Il s’agit d’une maison composée d’un rez-de-chaussée et de deux étages. À onze mètres de hauteur, se situe la terrasse. La victime y allait souvent. Qu’est-ce qui s’était passé le jour du drame ? Une voisine explique aux enquêteurs avoir remarqué la victime qui gravissait rapidement les marches menant à la terrasse en demandant secours, son mari la poursuivait pour tenter de la rattraper et la frapper. Ce n’était pas la première fois que cela arrivait entre les deux époux, leur affirment d’autres voisines. Il la violentait souvent devant les regards des autres habitants.
Autres informations collectées par les enquêteurs : le jeune mari, Jaouad, âgé de trente ans, est sans profession, toxicomane, soûlard et repris de justice. La victime, Rajaâ, âgée de vingt-six ans, se débrouillait pour gagner sa vie et subvenir aux besoins de son mari et de leur nourrisson. Jaouad n’hésitait jamais à la maltraiter pour avoir l’argent nécessaire à l’achat de sa dose quotidienne en drogue. Etait-ce la raison pour laquelle il l’avait suivie sur la terrasse ? «Non», répond Jaouad qui a été mis en garde-à-vue. Quelle était donc la vraie version des faits ?
La jeune mère, Rajaâ, n’a jamais connu ses parents. Elle était adoptée par une famille de Meknès qui ne lui a dévoilé que quelques bribes d’informations sur ses vrais parents. Ces nouvelles lui ont permis d’arriver enfin à connaître sa mère naturelle, demeurant dans la région de Khémisset. Sans la permission de son mari, elle s’est lancée à la recherche de sa mère naturelle, l’a trouvée et a passé pour la première fois quelques jours en sa compagnie. En retournant chez elle, Rajaâ a été surprise par son mari qui lui a reproché de ne pas l’avoir avisé avant de partir. Au fil de la conversation, les mots ont cédé la place aux injures puis aux coups.
Une altercation qui a poussé l’épouse à demander le divorce. Jaouad s’est opposé à sa demande. L’aimait-il ? Peu importe pour Rajaâ qui a insisté sur le divorce. Jaouad a refusé catégoriquement. La dernière fois, elle le lui a demandé encore une fois. Jaouad a perdu tout contrôle de ses nerfs et a commencé à la maltraiter violemment. Elle a tenté de lui échapper. Elle est sortie de la chambre pour aller se réfugier à la terrasse. Jaouad l’a suivie. Sur la terrasse, ils se sont retrouvés face à face. La jeune mère s’est plantée à sa place. L’époux a tenté d’avancer vers elle pour la violenter. Lentement, elle a commencé à reculer. Comme une souris devant un chat malintentionné, elle reculait et il avançait. Soudain, elle a trébuché contre le mur et a chuté du haut de la terrasse. Jaouad a été traduit devant la justice qui l’a poursuivi pour voie de fait volontaire ayant entraîné la mort. Et leur unique enfant ? A cause de ses parents, il est devenu doublement orphelin.

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