Il écope de 20 ans de prison pour sauver sa soeur

«Je n’ai jamais eu l’intention de le tuer, M. le président ! », déclare Mostafa devant les magistrats de la chambre criminelle près la Cour d’appel de Casablanca.
Portant un pantalon blue-jeans, une chemise noire et des sandales grises, Mostafa, âgé de 33 ans, est poursuivi en état d’arrestation pour homicide volontaire et consommation de drogue. Il jette de temps en temps un coup d’œil sur sa sœur, Souâd, son aîné de deux ans. Elle se tient à côté de lui au box des accusés. Elle est, également, impliquée dans cette affaire de meurtre perpétrée par son frère et est poursuivie en état de liberté provisoire pour coups et blessures. Elle est mère de famille er travaille pour subvenir aux besoins de ses deux enfants, de sa mère et de son unique frère, Mostafa. Elle a abandonné ses études pour travailler. Car, elle devait trouver le moyen d’aider sa famille, après le décès de son père. Bien qu’elle ait passé la majorité de sa vie dans le gouffre de la besogne pour nourrir sa famille, sa vie n’a pas été un drame. Un jeune homme de son quartier est tombé amoureux d’elle. Avec lui, elle a partagé des moments de bonheur durant plus d’un an et demi.
Après quoi, ils se sont mariés, puis deux enfants sont venus égayer leur foyer. Mais, inattendu, le mari abandonne le foyer et laisse sa femme et ses enfants sans aucune nouvelle jusqu’au jour où Souâd est lâchement répudiée. En plus de ses enfants, Souâd devait redoubler de travail pour subvenir aux besoins de sa mère et de son frère, célibataire et chômeur.
Depuis qu’il a quitté l’école, il n’a jamais cherché du travail devenant ainsi un fardeau pour sa famille. Ses mauvaises fréquentations lui ont appris à fumer du haschich et à avaler des comprimés psychotropes. Il n’avait d’autres préoccupations que de s’approvisionner en doses suffisantes quotidiennement. Sa sœur n’hésitait pas à lui donner de l’argent quand il le lui demandait. Elle n’avait pas le choix. Ce qui importait, pour elle, c’est qu’il ne devienne pas un malfrat qui agresse les gens et se retrouve en prison. Car, elle serait alors obligée de lui apporter son panier hebdomadaire à la prison.
Le jour du meurtre, Mostafa s’est réveillé tôt. Sa mère était plongée dans un profond sommeil, à côté de ses deux petits-fils. Souâd, elle, travaillait la nuit et elle n’était pas encore rentrée. C’est elle qui achetait le pain, le beurre et préparait le thé pour le petit-déjeuner. Mostafa est rentré dans la cuisine cherchant quelque chose à manger, mais, il n’a rien trouvé. Il a alors sorti de sa poche ce qu’on appelle communément «une ceinture» de comprimés psychotropes, c’est-à-dire un paquet de dix unités. Il en a avalé huit et en a gardé les deux autres pour les avaler après le petit-déjeuner. Il est, ensuite, sorti pour s’asseoir au seuil de la maison. Vers 8h, un voisin est arrivé en courrant pour lui lancer une mauvaise nouvelle : «Un violeur est en train de menacer ta sœur avec un couteau. Il faut que tu ailles la sauver !».
Rapidement, Mostafa est rentré à la maison et s’est armé d’un couteau avant de se lancer vers l’endroit indiqué à une centaine de mètres de chez lui.
Un jeune homme tentait d’obliger sa sœur à l’accompagner sous la menace d’un couteau. Mostafa s’est jeté sur lui et lui a asséné un premier coup de couteau, puis un deuxième et ainsi de suite jusqu’au vingt-septième coup.
«C’est absurde, tu lui as asséné vingt-sept coups de couteau et tu nies avoir l’intention de le tuer !» lui faisait remarquer le président de la cour. Après les délibérations, Mostafa a été condamné à vingt ans de réclusion criminelle. Quant à sa sœur Souâd, elle a écopé d’un mois de prison avec sursis.

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