Il tente de le voler mais le poignarde

Chambre criminelle près la Cour d’appel de Casablanca. Mohamed, vingt-sept ans à l’allure sportive, vêtu d’un jean et d’un tricot noir, est accusé de meurtre. À Casablanca, où il réside depuis qu’il a quitté sa ville natale, il y a vingt ans, Mohammed est seul. Sa famille, qui demeure à Talmest, dans la province d’Essaouira, l’a sans doute oublié. Il faut dire qu’il n’a plus revu les membres de sa famille depuis son dix-septième printemps quand il a fugué de chez son oncle à El Jadida. Sa destination était Casablanca. Au fil des mois, Mohamed a fini par connaître les ruelles, les boulevards, les cafés,les terrains vagues, le port, les dealers, les clochards, les voleurs, les toxicomanes… Il a réussi à éviter la prison. Jusqu’à cette terrible accusation, qui retentit à ses oreilles dans la grande salle de ce tribunal casablancais.
«Tu es accusé d’homicide volontaire…», lui lance le président de la Cour. Mohamed ne sait pas quoi répondre. Craignant de ne pas comprendre les mots du président, il se tourne vers l’avocat qui lui a été commis d’office au titre de l’assistance judiciaire. «Pourquoi as-tu assassiné Brahim ?», lui demande le président.Brahim est un marchand ambulant, père de huit enfants. «Il m’a provoqué !» Telle est la réponse de Mohamed au président. Mensonge… Du moins selon le procès-verbal de la police judiciaire, dans lequel Mohamed avoue avoir été surpris par Brahim alors qu’il tentait de lui voler de l’argent.
«Non, M. le président, je ne suis pas un voleur, je gagne ma vie en gardant des voitures», déclare-t-il. Là encore, le président ne peut que constater des déclarations contradictoires : d’après le procès-verbal, Mohamed est chômeur. Le président poursuit la lecture du procès-verbal pour tenter de cerner les faits.
D’après les témoins cités, lorsque Brahim s’est rendu compte de la main de Mohamed dans sa poche, il lui a donné un coup de poing tout en criant : «Au voleur!». Mohamed a alors tenté de s’enfuir, mais Brahim l’a rattrapé et lui a donné un autre coup. C’est alors que Mohamed a sorti un couteau et a poignardé Brahim.Mohamed a beau clamer «Ce n’est pas vrai !». Les témoins sont catégoriques. De nombreuses personnes l’ont vu poignarder Brahim et tenter de s’enfuir. L’avocat aura beau de son côté réclamer le bénéfice des circonstances atténuantes. Inflexible, le représentant du ministère public requiert la peine maximale. Finalement, la Cour condamne Mohamed à quinze ans de réclusion criminelle.

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