Il tue l’amant de sa mère

Depuis l’enfance, Jamal rêve d’émigrer en Italie. Non pas clandestinement, mais légalement puisque son père et ses frères y sont installés depuis belle lurette. Seule sa mère est restée chez elle au quartier Sidi Abdelkrime, à Settat. Il ne sait pas si c’est son père qui ne veut l’emmener avec lui ou si c’est elle qui ne veut pas quitter le Maroc. Il lui en a demandé les raisons à maintes reprises. Mais en vain. Parfois, il insistait auprès d’elle, et parfois pas. De toutes les façons, il n’en avait cure. L’important pour lui  était de réaliser le rêve qui a toujours hanté ses nuits : refaire sa vie en Italie. A chaque appel téléphonique de son père ou l’un de ses frères, il les suppliait de faire le nécessaire pour hâter son départ vers l’Eldorado … Et comme toujours, ils lui promettaient tous qu’ils y pensaient avec constance. Jusqu’à quand et pourquoi un tel retard? Mystère. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, il patientait. Son attente commençait, néanmoins, à lui peser.
Au point qu’il s’est mis à maudire tout le monde. D’aucuns parmi les habitants du quartier ne l’ont pas supporté. De fil en aiguille, certaines mauvaises langues ont même commencé à accuser sa mère d’avoir des relations extraconjugales. Ont-ils raison ou tort ? Il se devait d’avoir le cœur net. Le meilleur moyen d’y arriver : surveiller ses allées et venues. En la filant, il s’est rendu compte qu’elle fréquentait assidûment quelques filles de joie et à se rendre dans certaines maisons closes où elle passait plusieurs heures. Etait-elle en manque d’argent ? Certainement pas puisqu’elle en recevait suffisamment d’Italie. Il voulait la tancer, mais il n’a pas pu le faire. Il n’a également pas osé s’en ouvrir à son père ou à l’un de ses frères. Il craignait le scandale mais, par dessus tout, il avait peur pour sa famille. Mais quand son ami est venu lui annoncer la mauvaise nouvelle, son sang ne fit qu’un tour. «Parce que je te considère comme mon frère, je vais te demander de supplier ta mère de ne plus accueillir cet homme chez-vous. C’est un coureur de jupons notoire», lui dit-il. De quel homme parlait-il ? Etait-ce un étranger ou un membre de la famille ? Il fallait qu’il demande à sa mère.
Il est donc rentré chez lui. Et là, ce fut l’horreur. Il pouvait tout imaginer sauf cela : nue comme un ver, sa mère était entre les bras d’un homme ivre qu’il ne connaissait ni d’Eve ni d’Adam. Il s’est alors avancé vers celui-ci pour le jeter  dehors. L’homme qui titubait lui a néanmoins opposé une résistance farouche. Jamal est alors entré à la cuisine, a saisi un couteau et a frappé l’intrus.
Grièvement blessé à la poitrine, ce dernier est alors sorti de la maison. En saignant dangereusement jusque chez-lui. Le voyant en pareil état, sa femme l’a conduit vers l’hôpital Hassan II pour y subir les soins nécessaires. Il y est resté deux jours avant que le médecin ne lui permette de sortir. Mais, en revenant chez-lui, sa santé a commencé à se détériorer au point que sa femme décide de le faire hospitaliser une nouvelle fois.
C’est aux Urgences qu’il a fini par rendre l’âme. Alertée, la police a diligenté une enquête qui lui a permis de conclure qu’il s’agissait bel et bien d’un crime. Les investigations ont abouti à l’arrestation de Jamal. «Il était l’amant de ma mère», a-t-il dit aux enquêteurs pour expliquer les raisons de son acte.
Pour sa part, sa mère a tout nié en bloc : «Non, je n’ai jamais connu la victime, il n’a jamais été  mon amant et je ne sais pas pourquoi mon fils veut me mouiller dans cette affaire».
Elle a également affirmé aux policiers que son fils était en état d’ivresse quand il est entré à la maison. Le matin, elle a appris qu’il s’était bagarré avec quelqu’un qu’elle ne connaissait pas. Quand elle lui en a demandé la cause, il lui a tourné le dos avant de lui jeter à la face : «Tu es une sale prostituée…».
La mère et le fils ont tous deux été traduits devant la justice.

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