Il tue son frère pour de l’argent

Il tue son frère pour de l’argent

Nous sommes à Hay Yasmine, à Khémisset.  Ce matin du mardi 27 mars 2007, ce quartier était calme, comme à l’accoutumée. Mais, vers 7 h, cette tranquillité a cédé la place au brouhaha de la foule. Les gens qui travaillent et fonctionnaires se rendaient à leurs besognes, les écoliers, collégiens et lycéens s’apprêtaient à emprunter le chemin à destination de leurs établissements scolaires. D’autres habitants qui venaient de se réveillaient allaient aux épiceries et pâtisseries du coin pour s’acheter de quoi préparer leur petit-déjeuner. Personne dans cette foule ne savait au juste ce qui venait de se passer dans leur quartier lorsqu’une nouvelle a commencé à se répandre : «Il y a un cadavre dans la voiture !». Rapidement, les éléments de la police judiciaire de la Sûreté régionale se sont dépêchés sur les lieux. Ils ont, d’abord, dispersé les curieux qui se sont rassemblés devant la voiture, avant d’entamer leur premier constat de la scène de crime. Dans ce dernier figure : une voiture Honda Accor en stationnement, dont la portière arrière gauche est ouverte. Sur la banquette arrière, le cadavre d’un jeune homme portant uniquement un pantalon et des chaussettes maculées de sang. Au niveau du thorax, du cou et de la joue gauche, huit coups faits par un objet tranchant sont visibles. Qui est la victime ? Ses empreintes digitales, prélevées par les enquêteurs, aboutissent à son identification. Il s’agit de Aziz, la trentaine, marié à une Anglaise, qui séjourne en Grande-Bretagne. Qui l’a tué ? Des malfrats ? Une opération de ratissage a été effectuée aussitôt. Pas de résultat. Ce sont les éléments de la police scientifique qui ont prélevé quelques cheveux qui étaient collés à plusieurs endroits, à l’intérieur de la voiture. Leur analyse a révélé qu’ils appartiennent à des femmes. Les enquêteurs se sont donc mis à chercher toutes les femmes qui entretenaient des relations avec Aziz. Elles sont interrogées par la police. Mais il semble qu’aucune parmi elles n’a de relation ni de près ni de loin avec le crime. Seule une femme d’entre elles n’a pas été soumise à l’interrogatoire de la police. Elle est avocate, et ce n’est pas sa fonction qui l’en a dispensée, mais le fait qu’elle soit hospitalisée depuis le jeudi 22 mars dans une clinique, suite à une dépression. Elle était donc alitée dans la clinique bien avant la découverte du cadavre. Qui serait coupable de ce crime atroce ? Résoudre l’affaire devenait, au fil des jours, une mission difficile. Seulement voilà, c’est cela le défi des enquêteurs: élucider n’importe quelle affaire. L’enquête policière s’est, petit à petit, dirigée vers le frère de la victime, Tarek, âgé de 27 ans. Ce dernier a expliqué à la police que depuis que sa mère et ses deux sœurs ont voyagé, il y a quelques jours, à Casablanca, il est resté chez lui en compagnie de son frère, Aziz. Il a ajouté que la nuit du lundi au mardi, 26 au 27 mars, Aziz est sorti entre 22 h et 22 h 30 à bord de sa voiture Honda Accor mais n’est jamais revenu. Tarek a précisé que son frère ne lui avait pas révélé sa destination. Les témoignages recueillis auprès des voisins indiquent, pour leur part, que Aziz n’était pas trop loin de chez lui, vers 21 h 30 et qu’il n’était pas à bord de sa voiture. L’un des voisins a même précisé aux enquêteurs avoir rencontré Aziz. Ce dernier lui aurait même demandé, vers 22h30, de le conduire à bord de sa voiture jusqu’au bureau de tabac pour acheter un paquet de cigarettes. Le témoin a précisé qu’il avait ramené Aziz, par la suite, chez lui. Un témoignage qui s’avère exact. La tante s’était effectivement présentée au commissariat de police en apportant avec elle le paquet de cigarettes que venait d’acheter  Aziz. Ce dernier était donc retourné bel et bien chez lui après 22 h 30, avec ce paquet de cigarettes, dont il n’a fumé qu’une seule avant sa disparition. Pourquoi alors son frère avait-il menti? Les enquêteurs se sont déplacés à la demeure de la famille du défunt. Ils ont constaté l’existence de quelques gouttes de sang sur le rideau du garage de la maison. Les analyses ont prouvé que ce sang appartenait à Aziz. Et très vite les accusations se sont tournées vers Tarek. Est-il le meurtrier ? «Oui, je l’ai tué !», a-t-il lâché enfin après un long interrogatoire. Pourquoi a-t-il commis ce fratricide ? Tarek a avoué avoir eu des altercations avec son frère qui monopolise «le chat» sur Internet pour rester en contact avec sa femme en Angleterre. Mais était-ce le véritable mobile du meurtre ? Non! Tarek a, alors, déclaré qu’il souffrait de problèmes financiers dont était responsable son frère. Leur conflit financier portait, en fait, sur une ferme qu’ils géraient à Aït Âbbou. C’est à ce sujet que les deux frères se seraient disputés violemment avant d’en arriver carrément au meurtre. Tarek n’a pas hésité à asséner des coups de couteau à son frère. Après quoi, il l’a mis dans la voiture et l’a conduit jusqu’au lieu où il a été découvert corps sans âme.

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