Il vendait des contrats de travail imaginaires

Première semaine de septembre, Bouznika. Quatre jeunes hommes entrent au commissariat de police. Agés d’une vingtaine d’années, leur point commun est qu’ils sont tous chômeurs. Ils sont venus déposer plainte qu’ils ont déjà rédigées. L’un d’eux frappe à la porte du chef, entre et lui remet la plainte sans dire mot. Le commissaire lit alors la plainte avant de demander aux trois autres jeunes d’entrer au bureau et de s’asseoir. Il leur pose quelques questions, puis appelle l’un des agents pour qu’il prenne leur déposition et rédige les procès-verbaux. Une enquête est donc engagée pour tirer l’affaire au clair. Un par un, les quatre jeunes hommes déclarent à l’inspecteur de police qu’ils ont été victimes d’une arnaque. Le mis en cause: un homme d’une quarantaine d’années décrit comme étant très élégant, de forte corpulence. Il prétendait être le directeur d’une société d’import-export installée à Ouled Haddou, à Casablanca et possédant une Mercedes 270. Les jeunes chômeurs ont mordu facilement à l’hameçon. L’inconnu qui ne parle pas l’arabe dialectal mais égyptien leur promet monts et merveilles en Émirats arabes unis. Il leur explique qu’il détient des contrats de travail qui leur permettront d’avoir des emplois avec des salaires dépassant les 10.000 dirhams. Autre promesse : prise en charge complète qui leur évitera de dépenser le moindre sou. A cette vie de rêve, il y a bien sûr un échange et pas n’importe lequel : une somme de 25.000 DH. Un gros budget pour la plupart qui s’est contentée de lui verser la moitié de la somme, en attendant que cet «homme d’affaires» leur prépare les papiers nécessaires à leur départ. Mais la durée de cette attente s’est prolongée encore et encore au point que les quatre jeunes se sont remis à l’évidence qu’ils ont été tout simplement arnaqués.
Disposant uniquement des signalements de l’escroc et de la marque et la couleur de sa voiture, les agents de la police de Bouznika ont entamé leur investigation. Ils ont ainsi tendu un piège à l’arnaqueur. Jeudi 6 septembre, l’Egyptien est arrêté. L’homme est interpellé au quartier Riyad. Il s’appelle Gamal Hassan Ismaïl Al Bouab. C’est un ressortissant égyptien d’origine palestinienne, né en 1957 et marié à une Marocaine. Il est père de trois enfants et demeure au quartier Sidi Moumen à Casablanca. Il s’y est installé depuis plusieurs années après avoir quitté l’Égypte. Il est considéré, depuis 2000, comme résident illégal. «Je suis directeur d’une société, qui a ses droits et ses engagements et je n’ai en aucun cas filouté quiconque…», lance-t-il aux policiers sur un ton sérieux.
Il leur montre ses papiers où il est bel et bien mentionné qu’il est directeur de la « Société d’import-export Al Bouab », située à Ouled Haddou.
Les enquêteurs vérifient alors l’adresse de la société. Et là c’est la surprise ! Aucune trace de la société. Gamal est dans de beaux draps. Vient ensuite la perquisition de son domicile au quartier Sidi Moumen. 14 passeports et plusieurs photocopies de cartes d’identité nationale appartenant à des personnes demeurant à Casablanca, Rabat, Azemmour, Marrakech, Berrechid, Settat et Sefrou et de faux cartes d’immatriculation de la CNSS, de fausses contrats et cachets sont saisis. Les preuves tangibles mettent en cause l’Egyptien sans équivoque.
Conduit au commissariat et soumis aux interrogatoires serrés, il se met enfin à table. Il avoue être un marchand de rêves ayant pour cible principale les chômeurs et les journaliers. Autre révélation : un complice qui s’appelle Ahmed. Né en 1975, marié et père d’un enfant. Il est boucher de son état et son travail était de repérer les victimes qui seront arnaquées facilement contre une commission.
Gamal et son complice ont été traduits, samedi 8 septembre, devant la Cour d’appel de Casablanca poursuivis pour faux, usage de faux, escroquerie, séjour illégal, émigration clandestine et complicité.

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