Ils plaisantaient jusqu’à la mort

Nous sommes au quartier Essalam, à Casablanca. Une estafette de police venait, l’après-midi de ce jour du mois de juin, de s’arrêter juste devant la porte d’une villa. Des inspecteurs de la police judiciaire de la Sûreté de Hay Hassani-Aïn Chok en sont descendus. Ils ont sonné à la porte. Personne ne savait pourquoi ces limiers sont venus au quartier. De loin, quelques curieux se sont plantés à leur place pour voir ce qui se passait. Une femme a ouvert la porte. C’est elle qui les a appelés. Pourquoi ? Elle leur a affirmé qu’un accident mortel s’était produit dans la piscine de la villa. Les policiers y sont rentrés. Ils ont été conduits directement vers la piscine. Dans un coin, ils ont remarqué le corps d’une jeune fille, portant des vêtements tout mouillés. L’un des limiers a remarqué qu’elle était déjà morte. Qui est-elle ? La femme qui a ouvert la porte aux policiers leur a répondu qu’il s’agit de sa deuxième domestique, Hasna. Qu’est-ce qui lui est arrivé ? La femme qui n’était autre que l’employeuse a affirmé aux enquêteurs qu’elle n’était pas chez elle quand sa première domestique, Khadija, lui a téléphoné pour lui annoncer la mauvaise nouvelle. Les enquêteurs qui ont déjà alerté les responsables de l’hôpital médico-légal d’Arrahma pour envoyer un fourgon mortuaire se sont adressés à Khadija pour lui solliciter de leur raconter toute l’histoire de ce qui s’est passé à Hasna. «Je travaille chez cette famille depuis deux ans en compagnie de Hasna. Nous sommes toutes les deux chargées du ménage, la cuisine, etc.», a entamé Khadija ses déclarations aux enquêteurs. À côté des deux domestiques, Hasna et Khadija, les propriétaires de la villa avaient également recruté un chauffeur qui se chargeait de leurs déplacements. Mais, il effectuait aussi d’autres tâches, par exemple le nettoyage de la piscine. «C’était le début de l’après-midi. Mes employeurs n’étaient pas chez eux. J’étais dans la cuisine en train de préparer le déjeuner», a précisé Khadija aux enquêteurs. Khadija a quitté la cuisine pour aller au salon. Quand elle a ouvert l’une des fenêtres, elle a remarqué le chauffeur qui nettoyait la piscine. Quant à Hasna, elle rigolait avec lui. «De coutume, ils plaisantaient ensemble», a-t-elle ajouté. Hasna se tenait à côté de la piscine tout en mettant les pieds dans l’eau. Tout d’un coup, le chauffeur lui a tenu la tête et a commencé à la plonger dans l’eau. Ils souriaient. Il essayait de lui garder la tête dans l’eau pour quelques secondes avant de la retirer. Ils rigolaient. En fait, ce n’était qu’un jeu entre les deux. Khadija est retournée à la cuisine. Une vingtaine de minutes plus tard, elle a entendu le chauffeur qui lui demandait de le rejoindre. Elle lui expliquait qu’elle n’avait pas encore terminé la préparation du déjeuner. Il continuait à l’appeler. Tout d’un coup, il l’a rejoint à la cuisine, tout mouillé d’eau et criait avec étonnement : «Hasna n’est plus… Hasna est décédée». Khadija n’a pas cru ses oreilles. Elle lui demandait plus d’explication. Mais, le chauffeur n’avait rien à ajouter. Khadija a quitté la cuisine pour aller vers la piscine. Elle n’a pas cru cette fois-ci ses yeux. Hasna n’était effectivement qu’un corps sans âme. Comme une folle, Khadija est sortie de la villa, a croisé un jeune homme qui lui a donné son téléphone portable et a appelé son employeuse pour lui raconter ce qui est arrivé à Hasna. Le chauffeur a été arrêté et soumis aux interrogatoires. Il s’agit de A. B, âgé de quarante-deux ans, marié et père de trois enfants. Il a affirmé aux enquêteurs qu’il plaisantait avec la défunte en lui plongeant la tête sous l’eau tout en la gardant durant quelques secondes dedans. Seulement, la dernière fois, il ne l’a pas bien tenue. Et elle est tombée à l’intérieur du bassin. Hasna ne savait pas nager. Le chauffeur s’est jeté pour la sauver. Mais, c’était trop tard. Elle s’était noyée.

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