Ils se faisaient passer pour des policiers

Chambre correctionnelle près le tribunal de première instance de Taroudant. Bien élégants, Rachid et Mohamed se tiennent aux box des accusés. Le premier, âgé de 34 ans, est célibataire. Le second est son aîné de trois ans et père de deux enfants. «Vous êtes accusés d’escroquerie…Qu’avez-vous à dire ?», leur demande le président du tribunal en feuilletant le dossier.
Tous deux se disent innocents. «Nous n’avons arnaqué personne !», s’exclament-ils. Ils nient même avoir rencontré l’une des victimes présentes le jour du procès pour les identifier.
«Je n’ai jamais vu ces gens qui m’accusent d’escroquerie», martèle Rachid. Ce dernier nie catégoriquement avoir rencontré sa dernière victime, Abdellah, à bord d’un grand taxi. Stupéfait, Abdellah raconte au tribunal comment il est tombé dans le piège.
«J’étais à bord d’un grand taxi que j’ai pris pour rentrer chez moi quand Rachid m’a demandé de lui indiquer où se trouve douar Lalla Aïcha…», affirme-t-il au tribunal. Abdellah ne pouvait pas deviner que Mohamed assis devant était l’ami de Rachid. Il ne l’a compris qu’une fois qu’ils sont descendus ensemble du taxi. Rachid s’approche de lui : «Je suis commissaire de police à Rabat et voici mon adjoint, Mohamed, officier de police».
Silencieux, Abdellah les regarde sans réagir. «Nous sommes venus de Rabat pour une mission secrète…», lui murmure Rachid à l’oreille. Mohamed, le prétendu officier de police, se contentait de le regarder. Abdellah ne savait quoi dire et a souri. Rachid lui demande alors de les conduire à un restaurant pour déjeuner, mais pas loin du lieu du stationnement du grand taxi. Ils se sont tous les trois dirigés vers un petit restaurant populaire. En mangeant, Rachid a engagé une conversation avec Abdellah avant de lui proposer de devenir propriétaire d’un agrément de taxi. «Je peux t’aider pour en avoir un facilement… J’ai plusieurs amis, hauts cadres à Rabat qui peuvent me faciliter la tâche…», lui propose-t-il. Mohamed, qui gardait le silence, est intervenu pour lui expliquer que Rachid est un homme qui tient ses paroles.
Abdellah a cru qu’une chance lui avait ouvert la porte. Quand il s’est apprêté à les quitter, il a payé la facture et a demandé à Rachid ce qu’il doit préparer pour obtenir l’agrément de taxi. «Juste une photocopie de la carte d’identité nationale, une attestation d’indigence, une attestation de résidence et une somme de trois mille dirhams pour le fonctionnaire qui signe l’accord de délivrance de l’agrément…», lui précise Rachid. Abdellah n’a jamais rêvé d’un cadeau pareil. Mais il ne devait pas rater l’occasion. Un rendez-vous a été fixé pour le surlendemain au même lieu. Abdellah arrive avec à la main les documents demandés et la moitié de la somme. «Je vais me débrouiller pour avoir le reste de la somme quand vous me donnerez l’agrément…», leur promet Abdellah, tout content. 
Au fil des semaines, ni Rachid, ni son ami, Mohamed, ne lui ont donné signe de vie. Et Abdellah s’est rendu compte qu’il s’était fait arnaquer. Il a déposé une plainte auprès de la police de Taroudant. Une enquête a été diligentée et le duo a été arrêté.
«On ne connait pas cet homme…», persistent à répéter Rachid et Mohamed aux enquêteurs de la police. «Je ne sais pas pourquoi ils nous ont choisi tous les deux pour nous mouiller dans cette affaire», lance Mohamed devant le tribunal. Il n’y avait pas une victime mais sept au total. Les six autres ont tous identifié le duo et raconté le récit de leur mésaventure. Malika, licencié en littérature arabe, leur a versé 10.000 dirhams pour assurer son recrutement dans un établissement public à Rabat.
«Rachid m’a expliqué qu’il était commissaire principal à Rabat et qu’il connaissait plusieurs hauts cadres dans divers établissements publics à Rabat…Il m’a affirmé qu’il pouvait me recruter le plus tôt possible contre 20.000 dirhams. Je lui ai versé la moitié», a-t-elle déclaré au tribunal. Et pourtant, le duo a continué à nier. Le substitut du procureur du Roi a requis la peine maximale, allant jusqu’à cinq ans de prison ferme. Le tribunal ne les a condamnés qu’à la peine minimale : un an de prison ferme.

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