La médisance et les soupçons qui tuent

«Je regrette d’avoir commis ce meurtre, M. le président… Je ne sais pas pourquoi je suis arrivé là… », a balbutié Mohamed tout en essuyant ses larmes. A la salle d’audience de la chambre criminelle près la Cour d’appel de Casablanca, Mohamed se tenait au box des accusés. Pour la Cour, peu importe ses larmes et son regret. Ce qui est important pour elle n’est autre que de donner la parole au mis en cause, aux membres de la famille de la défunte et aux témoins, ainsi d’écouter les explications du représentant du ministère public et la plaidoirie de la défense et ce, afin de déterminer les circonstances et le mobile de crime qui lui permettra de rendre à César ce qui appartient à César. «M. le président, je n’ai jamais pensé détruire mon foyer…», a-t-il dit à la Cour. Malheureusement, il l’a déjà détruit définitivement sans avoir le moindre espoir de le reconstruire. Comment ?
Mohamed était à son vingt-huitième printemps quand il s’est marié avec Latifa.Leur relation n’était pas basée sur l’amour. Menuisier de son état, Mohammed a pensé fonder un foyer conjugal. Ni plus ni moins. Il n’a jamais entretenu de relation amoureuse avec une fille, selon ses déclarations devant la Cour. Il s’adressait, toujours, aux maisons closes pour satisfaire ses besoins avec une fille de joie. Jusqu’à quand ? C’est la question qui semble le chagriner. Prenant sa décision, il a sollicité sa mère de lui chercher une fille pour le mariage. Sans trop penser, elle lui a proposé Latifa. C’est une voisine du quartier qui avait dix-huit ans. Sans profession, elle avait accepté la proposition de mariage sans discussion. Tous les deux avaient loué une chambre, loin de la maison où demeure la mère du mari. Mais, quelques mois plus tard, ses nouveaux voisins ont commencé à s’intéresser à elle. Nul ne savait pourquoi. Mais ce qui était certain, c’est qu’ils parlaient d’elle. Quelques mauvaises langues disaient qu’elle trompait son mari avec un chauffeur de taxi. Du bouche-à-oreille, la mauvaise information est arrivée aux oreilles de Mohamed. S’agit-il d’une vérité ou une simple médisance ? Les soupçons ont transformé la vie du couple en enfer. Au fil des jours, les doutes empoisonnaient la vie de Mohamed et Latifa. Un samedi soir, Mohamed était chez lui. Latifa avait l’intention de sortir. «Tu ne sors pas quand je ne suis pas là», lui a-t-il expliqué sur un ton calme.
Latifa s’est comportée comme si ses oreilles étaient bouchées. Elle ne lui a pas prêté attention, a commencé à enfiler sa djellaba et elle s’est apprêtée à quitter la maison. Un comportement qui a fait sortir Mohamed de ses gonds. Il s’est levé, a tenu Latifa par le bras droit et l’a giflée violemment. Latifa a crié, a demandé secours et a tenté de s’enfuir. Mohamed semblait avoir perdu tout contrôle de ses nerfs.
Des coups de poing et de pied. Personne n’a osé intervenir pour mettre fin à l’agressivité de Mohamed. Comme s’il avait été possédé, ce dernier a saisi un couteau qui était posé sur une table et lui a asséné plusieurs coups. Latifa a passé de vie à trépas. Et Mohamed est resté près du cadavre jusqu’à l’arrivée de la police. Cet acte criminel lui a coûté vingt ans de réclusion criminelle.

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