La moquerie qui tue

Depuis leur enfance, Jamal et Mohamed sont amis. Mohamed est né un jour de 1990 et Jamal est son aîné de deux ans. Issus de familles pauvres, les deux amis n’avaient que leurs mères qui veillaient sur eux et leur éducation. Une tâche qui semble difficile à assumer uniquement par la mère, sans la complicité du père. Le cas de Mohamed et Jamal en est la preuve.
À l’école, ces deux enfants n’ont pas pu aller au-delà du primaire. Leurs mères ignoraient s’ils passaient leur temps aux bancs de l’école ou ailleurs, s’ils apprenaient effectivement leurs cours ou ne se préoccupaient que de vagabondage, s’ils avaient eu de bonnes ou mauvaises fréquentations…
Bref, ils ont été presque abandonnés par leurs parents. Le résultat ? Deux adolescents, qui apprennent, tôt, à fumer des cigarettes, à se droguer, à s’enivrer, à vagabonder, à abandonner leurs études et enfin à tourner définitivement le dos à l’école. Pire encore, ils ont commencé à inhaler du «Silicioune».  Chômeurs, Mohamed et Jamal, se débrouillaient pour avoir de quoi acheter les tubes de la colle à dissolution, se réfugier près du chemin de fer et l’inhaler pour oublier ce monde.
Nous sommes le jeudi 14 février, le jour de la fête des amoureux. Malheureusement, il était un jour de malédiction pour Mohamed et Jamal.
C’était l’après-midi, chez un réparateur de bicyclettes. De coutume, ils le rejoignaient pour acheter des tubes de la colle à dissolution.  Ils en ont acheté quatre tubes. En bavardant, ils ont emprunté, comme à l’accoutumée, la même route pour se réfugier près des rails du chemin de fer. Quand ils y sont arrivés, ils ont imbibé leurs chiffons de colle. Au fil des inhalations, Jamal a commencé à se moquer de Mohamed et de sa famille. Énervé, Jamal a réagi en le poussant violemment. Rapidement, Mohamed a brandi un couteau. Jamal reculait pour échapper à ce coup, puis il l’a attaqué en le surprenant par un coup de pied. Une action rapide qui était en sa faveur, puisque le couteau est tombé de la main de Mohamed. Désarmé, ce dernier a tenté de donner un coup de poing à Jamal. Arrivant à l’esquiver, ce dernier a pu reprendre le couteau et avancer vers Mohamed. Il lui a asséné six coups au dos. Avec le sang, qui coulait à flot de son corps, Mohamed s’est effondré. Sans pitié, Jamal a saisi une grosse pierre et lui a fracassé la tête. Après quoi, il a vidé les quatre tubes de la colle à dissolution qu’ils avaient achetée sur son corps et lui a mis le feu. Et il est parti chez lui pour se plonger dans un profond sommeil.
Le chauffeur du dernier train arrivant de Meknès a remarqué le feu qui brûlait près des rails. Il a alerté ses responsables qui se sont dépêchés sur place et ont découvert qu’il s’agit du cadavre d’un être humain. La police avisée, une enquête a été diligentée et l’affaire a été élucidée. Et Mohamed a été traduit devant la Cour d’appel de Kénitra.

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