La vengeance qui mène en prison

La vengeance qui mène en prison

Les larmes aux yeux, elle retournait chez elle, à Nador. Ses voisins, qui la croisaient au quartier, lui demandaient pourquoi ses larmes mouillent ses belles joues. Sa réponse était bouleversante, voire choquante : «Ma sœur a été kidnappée…». Elle est rentrée chez elle en sanglotant. Quelques minutes plus tard, elle en est sortie toujours avec les larmes aux yeux. Personne ne l’accompagnait. Sa mère qui devait la soutenir dans un état pareil était malade, sa jambe est fracturée. Ses voisins l’ont remarquée et l’ont rejointe. Ils lui ont demandé de se calmer et l’ont sollicité d’aller alerter la police. C’est ce qu’elle pensait faire. Elle s’est dépêchée au commissariat de police. Elle n’arrivait pas à retenir ses larmes. Le policier qui a pris l’initiative de l’écouter a essayé de la calmer, de la rassurer, de lui rendre confiance en elle… Mais en vain. Elle a continué à larmoyer tout en tentant de lui raconter ce qui lui est arrivé. «J’étais en compagnie de ma sœur. Nous respirions un peu d’air quand une voiture s’est arrêtée juste près de nous», a-t-elle entamé ses déclarations devant le limier qui les notait en pianotant sur sa machine à écrire. Il l’écoutait attentivement pour ne pas perdre le fil des événements de l’histoire. En fait, a-t-elle précisé à l’enquêteur, la voiture arrêtée n’a pas attiré leur attention, elle et sa sœur. Toutes les deux ne se sont pas intéressées ni au véhicule, ni à son chauffeur, ni aux autres personnes qui étaient à bord. «À bord de la voiture, il y avait quatre jeunes hommes cagoulés que je n’ai pas pu dévisager et deux autres aux visages nus… Ils ont tenté de nous enlever toutes les deux», a-t-elle précisé. Seulement, elle a pu se sauver. Au contraire, sa sœur, a-t-elle ajouté dans ses déclarations devant la police, n’a pas pu prendre la fuite ni demander secours. Elle était obligée de monter dans la voiture avant que le chauffeur ne démarre à toute allure. La plainte a été déposée. La version de la jeune fille a été consignée dans un procès-verbal. Il ne restait que le passage à l’acte pour sauver la fille kidnappée. Avant d’entreprendre une action, il fallait sans aucun doute faire une petite réunion entre les éléments de la brigade qui s’est chargée de l’affaire. Lors de cette réunion, les enquêteurs ont remarqué que la fille ne semblait pas triste malgré ses larmes qui coulaient sans cesse. Ils ont constaté qu’aucun des vêtements qu’elle portait ne donnait l’impression qu’elle faisait l’objet d’une tentative d’enlèvement. Des détails qui leur ont mis la puce à l’oreille. Pour avoir le cœur net, les limiers se sont adressés au quartier où habitent la plaignante et sa famille. Ils ont recueilli quelques témoignages des voisins. Quelques témoins ont attesté avoir remarqué la plaignante qui retournait chez elle en pleurant, mais sans avoir l’air d’une victime de kidnapping. A-t-elle menti ? Si oui, pourquoi ? Ils l’ont interrogée une fois encore. Et ils lui ont demandé de leur indiquer les deux assaillants qui avaient les visages nus. Effectivement, elle leur a révélé leur identité et leur adresse. Interpellés, ils ont nié avoir enlevé l’une des deux sœurs. Et ils ont ajouté qu’ils y avaient une rixe entre eux et la mère des deux filles. Une rixe qui a fini par une fracture de la jambe de leur mère et un procès qui se déroulait encore devant le tribunal. Confrontée aux deux jeunes hommes, elle a craché le morceau. Elle a avoué avoir inventé cette histoire de l’enlèvement de sa sœur pour que les deux jeunes hommes qui avaient causé une fracture de la jambe de leur mère soient accusés de kidnapping, de séquestration et de viol et condamnés à une lourde peine. Mais, ce sont les deux jeunes filles qui ont été arrêtées et accusées d’outrage à la police judiciaire en leur dénonçant un crime qui n’a jamais eu lieu.

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